18 octobre, 2006

LE RETOUR - juin / octobre 2006

Quelques mois se sont écoulés depuis notre retour fin juin dernier, sans que nous vous ayions tenu au courant... L'aventure de MUSIQUE VAGABONDE, rencontres musicales dessinées sur une année de voyage autour du monde, s'achevait pour nous le 21 juin dernier, fête de la musique, et jour de notre vol de retour La Havane - Paris. (Nous sommes donc bel et bien rentrés, pour ceux qui en doutaient encore!) Et depuis ce jour, nous essayons de comprendre, réaliser, digérer, exprimer, formuler, nous raccrocher, nager, survivre, rejouer, retrouver, recontacter, ne pas déprimer, ne pas déprimer, ne pas déprimer, ne pas déprimer...
un vaste programme!

Si la boucle est bien bouclée, le blog, en revanche, est resté "bloggé" au Pérou, dans les hauteurs andines aréquipaines. Pardonnez ce retard, il nous reste encore à vous relater les aventures plus océaniques de Lima, et l'accueil - arrosé de "Pisco sour" - que nous a reservé le conservatoire de musique. Puis encore celles vécues à Cuba: les voitures rutilantes de La Havane, les sensuelles salsas de Trinidad, les pluies torrentielles de Santiago de Cuba à l'est de l' île, notre rencontre avec Enrique, et enfin, peu avant de partir, le concert donné devant 10 personnes dans une église de la vieille Havane, alors qu'un ouragan inonde la capitale cubaine...

Peut-être préférons-nous rester dans l'inachevé, l'indécis, laissant dans nos têtes la porte ouverte pour de nouvelles escapades musicales. Refuser l'heure des bilans et des grandes phrases. Les récits viendront pourtant, c'est certain, et les photos suivront, il le faut. La musique de son coté, poursuit son chemin, sans jamais s'arréter.

En attendant, nous pouvons toujours parcourir ces aventures passées pour mieux rêver à celles à venir...
Je rappelle que ce blog peut se lire de bas en haut pour une lecture chronologique, les aventures vécues au début du voyage apparaissent tout en bas, les plus récentes ci -dessous.

Raphaël et Nathalie.

(photo: "musique baroque et divertissements chinois à la cour impériale de Chine", concert donné le 29 juillet 2006 dans le cadre du festival Itinéraire Baroque en Périgord).

01 juin, 2006

LA FLUTE A BEC A AREQUIPA - fin mai 2006

Il est surprenant de découvrir à quel point, même au bout du monde, on est susceptible de rencontrer des flûtistes à bec! Je m'excuse auprès des habitants d'Arequipa de considérer leur bourgade comme le bout du monde mais, venant de Belgique, ce n'est tout de même pas la porte à coté! De plus, nous n'y arrivons pas sans déboires. Il faut accepter de se prendre quelques pierres sur la tête (cf plus bas l'aventure en bus "Flores"). Tout ceci dit: le jeux en vaut la chandelle, nous reviendrons dés que nous le pourrons!!

La ville est charmante. Elle offre au visiteur son lot de maisons coloniales, tantôt blanches ou vivement colorées, toutes très bien restaurées. Ce petit paradis terrestre se situe pourtant sur une plaque sismique en activité! Combien d'églises et de maisons ont été construites et reconstruites au fil du temps. En 2001, un terrible tremblement de terre ravage encore une fois une grande partie des habitations de la ville. Plusieurs fois par jour, les mouvements du sol nous rappellent qu'il ne dort pas d'un sommeil très paisible à Aréquipa! En ce qui me concerne, à chaque fois que je sens le moindre grésillement sous mes sandalles: bran-le-bas de combat, alerte rouge, je m'encoure à toute allure sous un porche sécurisé, une poutre solide ou un battant de porte! Les habitants de la ville, habitués à ce quotidien un peu mouvementé gardent leur sang froid et continuent leurs activités, sans même plus y prêter attention.

Alejandra Lopera et son mari habitent dans une splendide demeure qui surplombe la ville. C'est ici même que la flûte à bec résonne quotidiennement et qu'un magnifique clavecin trône dans le salon. Une belle chambre d'amis nous est réservée et tenez-vous bien... la nouvelle qui transforme notre séjour: on a TV5 dans la chambre!
Il faut quand même faire bonne figure devant nos hôtes et ne pas rester vautrés trop longtemps devant la chaine francophone, ni oublier la perspective du concert au centre culturel allemand le lendemain de notre arrivée.

Le jour venu, un camion des plus ruraux (le stade juste avant la moissonneuse-batteuse) vient embarquer le clavecin pour l'acheminer à l'auditorium...

Grâce à la campagne de publicité soutenue opérée par Alejandra (émission télé, affiches dans toute la ville, conférence de presse...), les gens affluent en masse pour venir écouter nos arabesques baroques et autres volutes d'époque. Toutes les salles attendantes ont dû être ouvertes (bibliothèque, galerie, patio) pour augmenter la capacité d'acceuil! Ceci ne suffit malheureusement pas, et 5 minutes avant notre entrée sur scène, les gens se battent encore aux grilles d'entrée qui avaient dû être fermées pour des raisons de sécurité.

Le dernier soir, alors que je me réjouissait de profiter une dernière fois de TV5, me voila embarquée dans une n'ième masterclasse de flûte à bec à laquelle je ne peut bien sûr me soustraire... Les trilles, seconds doigtés et technique du pouce auront finalement raison des distractions de la télévision!

Nathalie.



AVENTURE FLORES - le 24 mai 2006

Pour une fois qu'on s'était offert une petite folie en amoureux!!! Un voyage en bus luxueux -6 etoiles- de la compagnie "Cruz Del Sur", pour nous acheminer de Cuzco à Arequipa.

En arrivant au terminal Cruz del Sur d'où partent les bus: "Grève et routes bloquées!!" Ca c'est bien notre veine!...Depart du bus annulé pour un temps indeterminé.
Le problème c'est qu'on est sensés donner un concert le lendemain à Arequipa...
On fonce en catastrophe au terminal des bus deuxième classe pour se dégotter deux tickets dans une compagnie pouilleuse "Flores" (il ne faut pas se fier au nom). C'est la seule compagnie qui n'a pas annulé le trajet, ce qui est un peu louche, j'en conviens. Mais nous n'avons pas le choix!!!

Premiere constatation un peu pénible: nous sommes visiblement dans un bus qui abrite toute une promo d'une fac de droit. Bref, nous sommes les seuls à bord qui ne font pas partie de cette institution.
Canettes de bières, bouteilles d'alcool traversent de droite à gauche les rangées du bus en nous passant sous le nez. Les jeunes déchaînés chantent, crient et rient sans aucun scrupule et les décibels montent au fur et à mesure que le temps passe et que les bouteilles se vident. Même le responsable n'arrive plus à tenir son troupeau et va s'assoir penaud auprès du conducteur.
Chercher le sommeil au millieu de ce vacarme n'est pas une chose facile pour ne pas dire impossible, malgré notre bonne volonté. Les boulles quies de la compagnie South African Airlines que j´avais gardées précieusement ne sont pas assez puissantes!


Mes nerfs commencent à monter en boulle et, prise d'une rage hystérique et un agacement sans précédent {j'aurais bien etranglé tout le monde à ce moment là!} j'ai émis de toute la force de mes babines accompagné de l'impulsion dentaire, le plus grand: CHHHHHHHUUUUUUUUUTTTTTT de toute ma vie.

Aujourd 'hui, je ne sais pas encore si j'ai bien fait car ce fut tout de même une remarquabe humiliation.
Tout le groupe post pubère a non seulement commencé à rire de cette "pimbèche vieux jeux" (moi), mais en plus j'ai eu droit à une imitation en canon du CHUUUUUT que je venais d'emettre du fond de mes tripes. Je vous donne un peu la couleur de la demi-heure qui a suivi l'incident:

CHUUUUUUUUTT CCCCHHHHHHHHHUUUUUUUTTTT
chhhuuuch cchhhhuuuuuutt

CHUT CHUT CHUT CHUT

CHHHHHHHHHUUUU CCCHHHUUUUUUUUUUU CHUUUUUU

tchhhhh tchhhhh cthhhhhh cthhhhhhh cthhhhhhh cthhhhhhh cthhhhhhh cthhhhhh cthhhhh
tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi tchi

Tout a coup les voix muantes s'arrêtent net!
Les jeunes s'abaissent et mettent des couvertures et manteaux sur leur tête.
Un silence de stupeur reigne...
Nous nous abaissons aussi quelque peu pour ne pas nous faire à nouveau remarquer.
On peut apercevoir par la fenêtre, une rangée de camions allignés sur le rebord de la route. Le moniteur de la fac, un peu tendu, demande à tout le monde de fermer les rideaux.
Mais de quoi ont-ils si peur?
Le bus avance de plus en plus lentement... Nous flairons le danger mais de quoi s'agit-il vraiment? Mon coeur bat à tout rompre. Dans quel petrin sommes-nous encore allés nous fourrer?

Subitement... BANG!!!!!!! un bruit fracassant nous fait tous sursauter. Le bus prend de la vitesse pour aller finalement se ranger sur le rebord de la route quelques quilometres plus loin.
J'entend: Piedras...... piedras... ce mot nétait pas dans les 10 premieres leçons de l´assimil d´espagnol mais cela ressemble assez bien à "pierre"... Nous voila au fin fond du Pérou, coincés au beau milieu d'une guérilla à deux doigts d'être pris en otage!


Raphael tire le rideau de quelques centimètres pour voir ce qui se profile à l´exterieur. C´est alors que nous remarquons que notre vitre est fissuree en 1000 morceaux.
Il a évidemment fallu que cela tombe sur nous!! Le conducteur, la face décomposée, vient constater l'état de la casse et la main sur le front, essaie de discerner si dans la campagne avoisinante, un village pourrait nous servir de gîte, le temps de trouver une solution de rechange.
Les arbres et fougères dansent , poussées par le vent qui se réveille mais malheureusement, aucun signe de vie humaine n´est visible de la où nous sommes.

Le bus se met à ronronner de nouveau comme si rien ne s'était passé. On aurait meme pu oublier cet incident malencontreux si à peine quelques minutes plus tard, la fenêtre ne s'était pas écroulée avec fracas. Une moitié à l'exterieur du bus et l´autre moitié sur nos genoux...
Le froid glacial de la nuit s´introduit violemment dans la cabine qui devient rapidement un congelateur. Frigorifiés de la pointe des orteils jusqu'au bout de nos cheveux, on se prepare à passer les 8 dernières heures de notre voyage jusqu'à Arequipa éveillés dans le froid. Heureusement que Raphael est là pour me réchauffer le bout des orteils que je ne sentais deja plus...

De temps en temps, le moniteur refait son apparition pour nous dire de mettre les couvertures et manteaux sur la tête. Geste que nous répétons plusieurs fois sans broncher. La seule difference c´est que cette fois il n´y a plus de fenêtre pour nous proteger.
De toute facon, au point ou on en est!!!

Un leger coup d´oeil a travers le parre brise nous laisse entrevoir d´enormes blocs de pierres disposés de manière éparses sur la route. Cela devient du slalom de compétition!!! Ceci dit, un violent coup de volant nous projette tous de l´autre cote du bus. On a bien cru que c'était le dernier!

Des personnes rencontrées les jours suivants nous ont confirmé que Flores est bel et bien LA compagnie bon marché tout terrain qui ne recule devant rien et qu´il faut à tout prix éviter!!!

Nathalie.
ELYAS VARGAS, FACTEUR DE CHARANGOS - 24 mai 2006

Elyas Vargas
concasse et fracasse
sans se lasser
des masses de bois
qu'il fait chanter.

Tailleur de bois le matin
Vendeur de quoi de certain?
Il arpente en fin de journée
Les rues pavées de la cité
Dans l'espoir de rentrer delesté
De sa guitare à cordes pincées.


Les charangos et flûtes de pan,
Taillés dans le bois de la fraternité
sont soumis au jugement du touriste passant,
tantot pressé, hesitant ou charmé.



Le quotidien d'une famille à élever ne peut pas entendre la deception d'un retour bredouille.

La musique et les sourirs colorés aident un peu à oublier

Mais demain, il faudra recommencer...

Raphael.

LE MACHU PICCHU - 23 mai 2006

Si "Paris vaut bien une messe", le Machu Picchu vaut au moins un texte! Ultime étape de notre trek dans les montagnes andines environnant le Salkantay, le Machu Picchu est le point de convergence d'un certain nombre de routes touristiques de tous genres, qu'elles passent par la montagne sacrée du Salkantay, les anciennes voies incas, ou par la ligne de chemin de fer touristique et les chaînes d'hotels chics de Cusco. Pour tout voyageur qui décide de se rendre au Pérou, le Machu Picchu est incontournable. C'est d'ailleurs le site le plus visité d'Amérique latine.

Le dernier jour de notre trek, nous quittons donc à 5H00 le village d'Agua Calientes, au pied du piton, pour une marche éprouvante d'une heure et demie, à gravir les hautes marches de pierres qui mènent au site inca, perché au sommet du Machu Picchu à 2400 mètres.

C'est l'aube, l'heure où blanchit la montagne. Les masses rocheuses avoisinantes se détachent de la nuit et apparaissent comme d'immenses vaisseaux fantômes qui emmergent d'un océan de brumes, offrant un spectacle saisissant.


Quelques vieilles pierres et les premières ruines annoncent l'arrivée sur le site. Les brumes semblent le protéger pour quelques heures encore, conférant au lieu tout son mystère, entre ciel et terre. Premier apercu...

Après les explications de notre guide, le mystère demeure entier (d'autant plus, aurais-je envie d'ajouter) sur ce site et la fonction qu'il occupait avant les invasions espagnoles. On a tout lu et tout entendu, du monastère dédié aux vierges du soleil (sur la centaine de squelettes retrouvés sur le site, seuls 13 étaient des squelettes d'hommes), à la cité-refuge de l'Inca, en passant par l'université pour les élites du royaume... Qu'importe, nous déambulons entre ces ruines, au fur et à mesure que le soleil, autorisé à pointer son rayon, nous révèle chacune d'entre elles.

Guide silencieux sorti de nulle part, comme déposé par les brumes, un lama fait irruption dans le décor. Son regard sombre et impérieux nous porte a croire que ces camélidés sont peut-etre les véritables maîtres des lieux.


Toutes sortes d'interprétations mystiques sont lancées au sujet de cette ville perchée, et de la forme qu'elle prend, selon qu'on la regarde de tel ou tel sommet: condor, puma ou serpent, les trois animaux utilisés par les incas pour symboliser trois états fondamentaux ou trois étapes de la vie: le divin et le ciel, l'humain et le terrestre, et la mort, enfin. Pour vérifier cela, nous entrepenons l'ascension des pentes vertigineuses du Huayna Picchu, sommet surplombant et offrant une vue imprenable sur le site inca du Machu Picchu.

Avant de quitter les lieux, nous leurs jetons un dernier regard. Si les brumes se sont dissipées, le Machu Picchu garde avec lui tout le secret d'un lieu chargé d'histoire et de mystères sacrés.

Raphaël.
TREK SALKANTAY - 19 au 23 mai 2006

Le Salkantay, mont situé a 6264m d’altitude a été surnommé « la montagne magique » Il se dresse dans la cordillère Vilcanota et c’est un lieu extraordinaire d’où l’on peut avoir une vue panoramique de Machu Picchu. C’est le point culminant d’un circuit de trekking qui combine, avec une magnificence sans égal, un cadre naturel de grande beauté avec l’intérêt représenté par les vestiges préhispaniques les plus importants du Pérou : le Machu Picchu et les chemins Inca.

Jour 1: CUSCO - SILCACANCHA - SORAYPAMPA. Nous quittons la capitale Inca a 05h00 du matin en bus vers le village de Mollepata ou nous faisons la rencontre avec nos mulletiers et toute l'equipe du trek: un couple de francais en voyage de noces, 5 danoises, 1 israelienne et une hollandaise. Nous commençons notre marche vers 10h30 du matin. Les quelques montees abruptes definissent rapidement la place de chacun dans la cordee. Plus clairement: je suis la derniere (comme d'habitude) avec un francais fumeur et l'israelienne qui a des crampes au ventre!! 6 heures de marche environ jusqu'a notre campement a Soraypampa au pied du majestueux Salkantay (6264m). La temperature a chute d'une dizaine de degres depuis notre depart. La nuit est terrible malgre les trois couches de chaussettes, les collants de concerts, gants en poils de lamas et chapeaux peruviens. Vive les couvertures de survies achetees preventivement en cas d'urgeance. Merci "Camping Relax"!!!
Jour 2: SORAYPAMPA – ARRAYANNIYUCA. Nous nous préparons pour la journée la plus difficile du trek. Nous passons sur le coté gauche du glacier Humantay, cote a cote avec le glacier Salkantay. Le paysage magique se merite car chaque pas necessite le peu d'air qu'il reste encore dans nos poumons. A 12h00, nous franchirons le passage le plus haut à 4650m d’altitude. La cordee de disloque de plus en plus et notre fumeur francais termine la montee du pic a dos de mullet. Apres le col, pause déjeuner et détente pendant une heure avant de reprendre 2 heures de marche en descente. Curieusement, dans la descente, la cordee s inverse, me voila en tele de ligne fraiche comme un cabris avec tout pres derriere mon amoureux et l'israelienne pour qui les crampes se sont doucement attenuees! Nous arrivons au campement à Arayanniyuc (3400m) apres 7 heures de marche.




Jour 3: ARRAYANNIYUC – WINAYPOCO - LA PLAYA. Cette journée de marche sera inoubliable tant la variété de la végétation est surprenante. Nous poursuivons notre descente dans les Yungas (foret intermédiaire entre la Sierra et l’Amazonie). Les premiers moustiques commencent a piquer provoquant chez chacun de nous des plaques rouges-mauves, gonflees, gratouillantes. Bref, une espece d'insecte etrange propre a la region! Encore plus etrange pour moi qui suis en general le met favori des moustiques, cette fois, c'est raf qui a tout pris! Je me suis meme demande a un moment s'il n'avait pas la varicelle.... sans exagerer! Nous suivons ensuite le Río Santa Teresa, foret tropicale ponctuee de diverses variétés d’orchidées et de plusieurs cascades. Nous arrivons à notre campement à La Playa: parking glauque et delabre.Une bonne petite brasse dans les eaux thermales pour se decrasser et detendre les mollets nous preparent a une nuit etouffante dans les chaleurs tropicales.


Jour 4: LA PLAYA – LLACTAPATA – HYDROELECTRICA - AGUAS CALIENTES. Nous marchons en direction des ruines archéologiques de Llactapata ou nous passons un col à 2950 m. La traversee d'un fleuve dans un petit cageot actionne sur un simple cable ne fut pas sans emotions surtout lorsque avant de mettre le pied dedans, nous avons apercus dans le precipice, quelques croix, commemoratives des victimes... Descente vers la centrale hydroélectrique pour suivre les rails du train pendant trois heures. Effet hypnotisant et un peu ennuyeux. Il faut etre prudent car les trains previennent a peine de leur arrivee. On pourrait etre mechamment surpris!!! La vue sur la montagne de Machu Picchu et les autres montagnes environnantes nous donne deja l'eau a la bouche. Finalement, nous arrivons dans la ville ultra-touristique d'Aguas Calientes au pied du Machupichu. Attrape-touristes, multitude de petits restos allignes nous sortent brutalement de notre marche en solitaire. Il faudra pourtant bien s'y faire...

Jour 5: Lever a 4h du matin pour gravir encore dans le noir les centaines de marches datant de l'epoque Inca qui nous menent au lieu mythique. Apres avoir tire la langue et souffle comme des boeufs pendant des jours, la recompense est de taille!

Nathalie.

CUSCO, COEUR DU PEROU INCA - 15 mai 2006
Une semaine avec la famille Vargas-Guiterrez

Cusco nous surprend par sa majeste: c'est sans conteste l'une des plus belles villes de notre tour. La ville et ses nombreux domes prend facilement des allures de Florence, ou d'une autre ville de l'Europe mediterraneenne. Mais malheureusement, ici comme a Florence d'ailleurs, le tourisme fait des ravages, et il est bien difficile de se promener dans le centre sans etre interpelle toutes les 2 minutes, pris pour deux porte-monnaies ambulants!

Une fois n'est pas coutume, quelqu'un nous attend ici, dans cette troisieme ville du Perou et ancienne capitale Inca: Michele, 11 ans, filleule de Nathalie rencontree lors de son dernier voyage au Perou il y a six ans. Les retrouvailles sont emouvantes, meme si le temps a efface des memoires le souvenir des visages de chacun. "Je ne te reconnais pas, je vois defiler tant de touristes tous les jours!!", nous dit Elias, le pere de Michele, venu nous rencontrer lorsa du rendez-vous donne sur la place centrale. Cette place, Elias la connait trop bien, pour tenter d'y vendre tous les jours des charangos (guitare andine) aux touristes de passage.
La famille de Michele nous accueille bras ouverts. La maison s'est aggrandie depuis la derniere fois, douche, WC, eau courante: un debut de confort, meme si on est encore bien loin du luxe... Situee dans les quartiers pauvres de Cusco, la maison est perchee dans les hauteurs de la ville, loin des restaurants et magasins chics du centre touristique. Le brossage de dents matinal nous offre la vue sur la vallee et les montagnes de la cordillere des andes.

Notre sejour ici offre a Nathalie la possibilite de faire plus ample connaissance avec sa filleule, mais aussi de pouvoir constater que l'argent envoye tous les ans lui permet de faire partie de la meilleure ecole de la ville. Nous sommes ebahis d'assister a la fete de l'ecole... tout un univers de parades et defiles en costumes colores, guirlandes et banderoles qui nous sautent au yeux! Les peruviens nous confirment que leurs ecoles, ainsi que la societe peruvienne plus generalement, sont bien preoccupees par l'organisation d'un certain nombre de ceremonies comemoratives en tous genres!
La petite semaine passee dans la famille de Michele nous permet egalement d'avoir quelques discussions importantes - et difficiles - sur l'argent. Delicat mais indispensable d'aborder le sujet. Le fosse de la difference de culture et du milieu social est un barrage contre lequel il faut sans cesse lutter pour tenter d'avoir une relation un tant soit peu authentique.
Les adieux sont des "au revoirs"... echanges de cadeaux, de bises et de promesses. Elias insiste pour que je vienne la prochaine fois avec tous mes freres! De son cote, Bertha, la maman, parre Nathalie de ses plus belles tuniques pre-colombiennes, le tout sur un fond sonor de Condor pasa!


Raphael.

15 mai, 2006

SUR LE CHEMIN DE LA TARCA - 10 mai 2006

Tout a commence a Potosi, petite ville Bolivienne perchee dans les hauteurs andines a 4100 metres d'altitude. Au 18e siecle, Potosi etait une des villes les plus importantes d'Amerique latine, les conquistadors y avaient trouve une gigantesque mine d' argent.

Nous avons eu la chance d'y rencontrer Enrique Godoy, un facteur d'orgue, qui nous aiguille rapidement sur la personne d'Arnaud Girard, musicologue belge habitant la ville depuis une quarantaine d'annees. Arnaud Girard centre son travail de recherche sur toutes les flutes droites des Andes, et tout particulierement sur la "Tarca", flute des minorites. (cf photos)

La tarca se joue de maniere un peu particuliere. On n'y souffle pas comme dans une flute a bec!! La technique de cette flute necessite beaucoup plus de pression dans l' air afin d'obtenir le "tara", battement dans le timbre qui vient se nicher dans le multiphonique strident. La tarca se joue toujours en " tropa": groupe de 6-8-12-16-24 personnes suivant l'importance de l'evenement, qui font sonner ces instruments en mouvements paralleles (doigtes identiques) a la quarte, quinte, tierce et octave en meme temps!

Arnaud Girard nous fait visiter sa caverne d'Ali baba qui recele des centaines de tarcas de tailles differentes rassemblees en tropas. Raphael, excite comme un enfant, se dirige immediatement vers l'etallage des guitares qu'il gratouille unes par unes.
Arnaud nous recommande un village non loin des rives du lac Titicaca appele "Wapata Grande", dans lequel vit 300 habitants, chacun d'eux construisant et jouant des flutes andines. Le responsable de la cooperative s'appelle Esteban Uri. Cette information ne tombe, bien sur, pas dans l'oreille d'un sourd, et il nous faudra absolument decouvrir ce lieu unique...

Deux semaines plus tard, et apres l'episode du festival de Chiquitos et du tour avec les parents de Raf, nous est offert la possibilite de nous rendre sur place. Le lieu recule n'etant pas deservi par les transports en commun, c'est en jeep que nous ferons alors notre expedition accompagnes par Rene, le chauffeur.

Nous avancons lentement sur les routes escarpees de la montagne, les petits villages defilent sous nos yeux mais nous grimpons toujours plus haut pour finalement voir se dessiner au loin le petit village de Wapata Grande sur fond de lac Titicaca.

Notre arrivee dans le lieu tant attendu n'est pas tres triomphant: pas une ame qui vive, ni dans les ruelles, ni dans les chaumieres! Tout juste un chien galleux et un lamas ebouriffe... Un peu plus bas tout de meme, un petit garcon se bat pour essayer de ramener deux mullets tetus au village. L'un d'eux, paresseux, decide de rester sur place pour un temps indetermine, tandis que l'autre beaucoup plus agite et fourbe joue a cache-cache derriere les huttes en terre.

Rene lui demande en quechua (langue de la minorite) ou sont les habitants du village. C'est le jour de la recolte des patales douces sur le plateau. Une jeune bergere qui passe par la, les tresses au vent et le panier a la main, nous propose de nous conduire a l'endroit de la recolte. Elle prend place a l'avant du vehicule et diffuse instantanement dans la voiture une odeur nauseabonde... (un savant melange de lait caille et de poulaille pour ceux qui souhaiteraient la reconstituer).

Une fois arrives sur la plateau reste a trouver notre homme... Le tableau offert par tout le village present sur cette enorme superficie est saisissant! Toutes les petites touches de couleurs disseminees au pied d'un pic enneige retournent leur perimetre de terre attribuee.

Apres etre passes d'une famille a l'autre, nous arrivons finalement a celle d'Esteban Uri que nous embarquons illico dans le taxi.

Nous filons immediatement avec lui a la cooperative ou, en raclant les fonds de tiroirs, il parvient a reunir tant bien que mal 4 flutes andines poussiereuses dont deux inachevees et une sculptee en totem Inca destinee aux touristes...

J ai un peu honte de vous avouer que j ai opte pour celle-la!



Nathalie.

14 mai, 2006

UNE SEMAINE EN FAMILLE - début mai 2006
Légende des photos:
en médaillon: famille de lamas au Chili, près de la frontière bolivienne
photos 2 et 3: sur le salar d'Uyuni, Bolivie
photo 4: bain thermal à 4000 mètres
photo 5: église proche du parc national de Sajama
photo 6: salar de Surire au Chili
photo 7: notre jeep coincée contre un rocher
photo 8 et 9: geysers et bains chauds au pied du volcan Sajama
photo 10: anniversaire de Raph de retour à La Paz

Cela faisait un certain temps que nous les attendions: depuis ce jour de notre hiver indien, où ils nous avaient donné rendez-vous en Bolivie...

Après quelques mois et autant de pays traversés, vient le moment de cette rencontre improbable dans un aéroport de Santa-cruz: arrivés de Miami quelques poignées de minutes plus tôt, ils nous attendaient impatiemment, la paupière lourde et le sourire en banane. Embrassades. Accueillis par un gentil-organisateur et flanqués d'une gentille-accompagnatrice, nous remballons bien vite nos émotions, happés par le tourbillon de l'organisation du festival. La camionette officielle de la quinzaine nous trimballe d'un bout à l'autre de la ville, de la région bientôt, pour notre plus grande admiration.

Aprés le volet culturel de ce séjour bolivien, orchestré par le festival Misiones de Chiquitos, nous passons le relais au parents pour le volet "nature et découvertes"! Nous venons à peine de quitter nos amis Laura et Bernard, qu'une énorme jeep pimpante nous cueille à notre arrivée à l'aéroport de Sucre. Il ne faut pas tarder, et rattraper le retard sur le planning déjà serré, concocté par l'agence Tic-tac. Après une rapide pause-déjeuner à Potosi, c'est vers le célèbre et impressionnant salar d'Uyuni que roule notre chauffeur René.

Du blanc à perte de vue.
Une mer blanche de vide étendu.
L'horizon se courbe sous le poids de l'immense surface de sel.

La voute celeste fait pâle figure, face à cette étendue d'un blanc menaçant qui se fait son reflet. Le soleil se démultiplie dans chacun des cristaux. Guerre des clans, guerre des blancs éblouissants.

La silhouette humaine, comette coquette, fait office de trait d'union entre deux planètes.

Nous reprenons nos esprits et calmons nos sueurs froides dans un bain thermal, une source chaude ou les plus réticent(e)s se glissent finalement dans l'eau comme des tétards...
La voiture 4x4 poursuit son chemin sur des chemins escarpés. Entre rochers en bataille et salars inondés, apparait un clocher: une église esseulée renseigne sur le passé. Les jours et les frontières se passent... Après un détour au Chili et deux nuits à 4400 m. d'altitude, le souffle se fait court. On ne sait plus ou donner de la tête. Le salar de Surire avec ses couleurs d'émeraude et ses colonies de flamands roses raffle la mise et toutes nos étoiles!Graines de volcan semés en son contre-bas, quelques geysers à quelques pas erruptent deci dela et vous crachent à la figure leur eau insolente et bouillonante.
Curieuse photo, ou la tete de mon pere semble sortir directement de la cuisse de ma mere, dont le maillot semble lui sortir directement de la cuisse des années 70!... Dernier bain thermal dans les hauteurs andines, plus chaud et plus "nature" dirons-nous, pris en compagnie des boliviens au pied de l'imposant volcan Sajama, qui culmine à 6542 m. Puis retour à La Paz où nous retrouvons tous un peu d'haleine, me permettant de souffler mes 27 bougies avec Nathalie et mes parents!

Raphael.

13 mai, 2006

LES LAMPIONS MAGIQUES EN TOURNÉE - Bolivie avril-mai 2006

Oh! que cela fit du bien de retrouver nos amis... Nous attendions ce moment depuis de longues semaines à décompter les jours. Lorsque nous les avons enfin aperçu descendre de l'avion à l'aéroport de La Paz ce 23 avril, nous avons brandi notre pancarte de bienvenue multicolore, et notre excitation n'a fait qu'un tour. Chez Laura aussi visiblement: nous ne lui avions pas encore dit bonjour qu'elle avait déjà disparu dans la salle d'urgence de l'aéroport, un masque à oxygène sur le nez pour essayer d'amortir ce choc émotionnel! Il faut dire que l'aéroport situé à plus de 4000 mètres d'altitude ne fait pas de cadeau sur ce plan-là.

C'est donc notre ensemble LATERNA MAGICA qui se trouve ainsi reconstitué, le temps d'un séjour bolivien et de quelques concerts à travers le pays...

La chronololgie du récit en image de ces aventures musicales se fera, une fois n'est pas coutume sur ce blog, de haut en bas:

LA PAZ - début du séjour...

La Paz est une ville impressionante. Insaisissable et indomptable, elle nous coupe le souffle à chaque coin de rue. Ses ruelles escarpées se grimpent les unes sur les autres, offrant ça et là, le temps d'un coup d'oeil, un dégagement vertigineux sur un pan de montagne, où les maisons et immeubles semblent réquisitioner le moindre lopin de terre pour composer cette immense mosaïque de brique et de broque.

Les femmes portent des chapeaux-melons sortis d'on ne sait quelle époque de notre vieille Europe. De leur côté, les hommes plus discrets, observent le spectacle de la rue derrière leurs lunettes sombres. Les magasins étendent sur le pavé lissé leurs tissus colorés et leurs pulls en laine d'alpaca ou de lama. Les cafés, thés ou matés de coca soulagent ici-haut les quelques maux liés à l'altitude: souffle court et mal de tête.

L'atterissage dans notre hôtel nous fait l'effet d'un coussin amortisseur. Calme et confort: notre suite au Ritz nous offre la possibilité de vivre une petite vie de famille recomposée. Espace et volupté. Bains à volonté. Appartements de ces dames, et chambre de ces messieurs. La salle à manger décorée donne le ton et nous sert de salle de répétition.

Piano-languette et violoncelle, les pipeaux en partielles. Transcriptions, diapasons, partitions. Reprises et réunions. Les repas en bas. Les petits déj. en pyj. Entre deux temps et trois mouvements d'une sonate bolivienne, les sofas du salon nous servent à nous relaxer. Détente et reprise d'haleine...

Mais bientôt le galop du naturel reprend de plus bel, et l'appartement familial ordonné se transforment en coloc délurée ou les frippes frappent l'espace traversé. A la vue de ces haillons colorés, les femmes de ménage, dans leurs régulières apparitions, repartent de nos pénates de plus en plus penaudes.

Horreur... Il est bientôt temps de plier bagages. Ou d'en racheter une supplémentaire pour les plus dépensiers...

Le premier concert se passe dans la -trop grande- salle glaciale du Centro Sinfonico. Les breuvages chauds que l'on nous donne avant de jouer parviennent tout juste à nous réchauffer, et quelques minutes avant de rentrer sur scène, Laura dort à points fermés, allongée de tout son long contre un radiateur...Une première page se tourne. Nous nous tournons à nouveau vers les hauteurs et l'aéroport, avec en perspective le festival "Misiones de Chiquitos", et les retrouvailles avec mes parents qui nous attendent à l'aéroport de Santa-Cruz. Quelques dizaines de minutes de vol et autant de sueurs froides nous font survoler -raser...- les plus hauts glaciers, des montagnes désertiques, puis les plaines boisées de l'Amazonie. Nous voilà arrivés à bon port: Santa-cruz de la sierra!

SANTA-CRUZ de la Sierra - 28 avril 2006

Changement de décor, changement de climat. La forêt amazonienne n'est pas loin, le climat quasi tropical nous fournit son lot de cocotiers et de sueurs chaudes. Il y a bel et bien deux Bolivies: celle d'en-haut et celle d'en-bas.
Santa-Cruz, première étape du festival "Misiones de Chiquitos" et point de départ de notre tour dans les missions. Mais avant de partir, quelques mots d'explications: les jésuites, missionnaires présents aux XVII et XVIIIèmes siècles dans cette région d'Amérique latine, ont construits des villages (appelées "réductions"), regroupant des familles d'indigènes autour d'une église, leur apprenant entre autres choses à jouer et parfois écrire de la musique, dans le but de les convertir en profondeur... C'est ce double héritage culturel baroque, sur le plan de l'architecture et sur celui de la musique, qui a vraisemblablement nourri et suscité la création de ce gigantesque et extraordinaire festival de musique.

SAN JAVIER - 30 avril 2006

Après notre premier concert à Santa-cruz, nous grimpons dans un bus pour de longues heures qui nous amènent à San Javier quelque part dans la nuit. Ce trajet nous permet de faire connaissance avec notre gentille accompagnatrice-volontaire, Marie-Esther, bolivienne bilingue chargée de rendre notre séjour encore plus agréable!
La route nous semble être plutôt une piste... l'oeil peine è se fermer, secoué par les nombreux nids de poules et autres ponts sur la rivière Kwaï.
Et pourtant, il faut assurer notre deuxième concert à 11 heures le lendemain matin! La nuit est courte, la messe est dite jusqu'à 10h30, le temps de repérer les lieux chargés d'histoire. Le temps aussi de ne pas accorder le clavecin...
Où sommes-nous? Dans quel film ou quel siècle sommes-nous tombés, au beau milieu de la forêt amazonienne pour un concert de musique baroque!

Et pourtant tout prend sens ici. L'église émeut par sa simplicité et par sa charge historique. Quelle chance de jouer ici. Mais il faut cependant remotiver les troupes, bien fatiguées. Difficile de trouver l'inspiration, sans avoir vraiment dormi, pour un concert dominical post-eucharistique de 11h00... Laura et Nathalie hésitent même à masquer leur cernes et sortir leurs plus beaux apparâts de concert (honte à ces filles, de vraies enfants gâtées). Mais une fois sur scène et quelques secondes avant de jouer, elles aperçoivent du coin de l'oeil Shalev Ad El et Ryo Terakado (claveciniste et violoniste, professeur à La Haye) venus nous écouter quelques minutes sur la route de leur prochaine destination de concert... la simple vision de ces deux musiciens font chez elles l'effet d'un booster d'adrenalyne! Elles n'ont curieusement jamais aussi bien joué de leur vie! Comme quoi, il faut parfois vraiment peu de choses...


CONCEPCION - 1er mai 2006

Troisième et dernier concert de ce festival. Quelques heures de bus encore nous séparent de San Javier, précédente étape. Mais à Concepcion, nous avons plus de temps. Le temps de récuperer un peu, flâner dans le village, siroter quelques cocktails "Cuba libre", faire trois emplettes pour Bernard (trois! on a dit Bernard...). Le temps aussi d'aller écouter quelques concerts émouvants dans l'eglise: ensembles boliviens, choeurs et orchestre d'enfants interprétant un répertoire écrit pour leurs ancêtres au XVIIIème siècle.


La nuit approche, avec elle l'heure de notre dernier concert. Pour cette occasion, nous avons la chance d'avoir un orgue en plus du clavecin, utilisé pour le choral de Bach, et la sonate pour violoncelle de Vivaldi. Après le concert, des groupes de danses traditionnelles animent la place du village.

Avec cette soirée se termine cette incroyable aventure de concerts en Bolivie. Le bus nous ramenera à Santa-cruz le lendemain matin, le temps pour Bernard de faire encore quelques achats, et pour Laterna de se séparer pour quelques mois, avant les concerts de l'été...

Raphaël.






PASSAGE À LA TÉLÉ BOLIVIENNE - avril 2006

Nous sommes le pire cauchemard des journalistes...C'est bien connu!!!
Depuis que nous avons entamé une carrière extra-européenne (asie-amérique latine), nous avons fait tourner en bourique plus d´un journaliste à cause de nos fous rires chroniques!

Laura et moi, ne sommes décidement pas faites pour le milieu de la communication: nos langues fourchent, les siècles se mélangent, les trous de mémoire déferlent et la dislexie nous prend par surprise, le tout se terminant gutture ouverte en gloussements, laissant le pauvre journaliste à son triste sort, complètement impuissant!
BREF UN DESASTRE!
Afin de remédier à ce handicap très gênant, mettant un frein à l'expansion de notre carrière internationale, nous avons décidé de nommer Raphaël "responsable des relations publiques et de la communication" au sein de notre ensemble. Nous nous concentrerions davantage sur l'aspect esthétique, artistique et musical.

Alors que notre ensemble avait retrouvé plus de sérenité en son sein et davantage de crédit auprès des médias, un nouveau "hic"d'une importance capitale ébranla cependant sa nouvelle harmonie: notre responsable de la communication contracta un bouton d'herpès géant sur la commissure de la lèvre droite (la photo parle d'elle-même...) quelques jours à peine avant son interview avec la chaine nationale la plus importante de la télévision bolivienne.
CATASTROPHE!
Son humeur s´assombrit pour ne pas dire qu´il devint complètement insupportable. Il se renferma sur lui-même en feignant de vouloir laisser tomber ses responsabilités...

Que nenni! Nous avons agluttiné toutes les crèmes et onguants que nous pouvions trouver dans nos alentours sur la croute grandissante: bains moussants du Ritz, dentifrice, beurre de cacao, crème contre les gersures, margarine, pâte de mais, spray anti-moustique en espèrant une amélioration...
MAIS RIEN! NADA!
Les jours passent et les spasmes nous prennent déja au ventre (Laura et moi). Rien que de nous imaginer en face à face sur un plateau en "carton pâte", devant un présentateur gominé qui s´apellerait ¨Gonzalez¨.
CE NE SERA TOUT SIMPLEMENT PAS POSSIBLE DE GARDER NOTRE CALME!
L´heure est pourtant venue de nous rendre au lieu dit. Nous avons réussi à traîner Raphaël hors du Ritz, même si celui-ci est fermement décide à rester dans les coulisses!!!
Nous faisons part avec désepoir de notre problème à la responsable du plateau qui nous envoie dare-dare avec notre ami défiguré chez la meilleure maquilleuse de la maison.
Apres avoir tiré une tête de dégout à la vue de la chose, celle-ci attaque courageusement un travail de camouflage choc: pinceaux, cotons-tiges et bouts d'ouate gratouillent, appliquent et répartissent tous les fonds de teint de son étalle... Lorsque celle-ci nous montre avec fierté le fruit de son labeur, nos visages se décomposent aussitôt à la vue effroyable de ce gigantesque champignon atomique.
C´EST ENCORE PIRE QU´AVANT!
Gardons notre calme, tout n´est pas encore perdu! Nous retournons alors en meute, avec notre défaite, à la direction de la télévision bolivienne qui nous propose une ultime solution: placer Raphaël devant le bureau du présentateur en ne montrant que son flanc gauche durant toute l´interview.
SOULAGEMENT INTEGRAL...
Un sourire même s´imisce sur la bouche de notre directeur de la communication nouvellement promu, qui reprend ses esprits. Nous nous dirigeons tous vers le plateau et gagnons nos places respectives, Bulle, Bernard et moi l´instrument en main, et Raf le micro-cravatte et l'oreillette ajustée!
3-2-1 C´EST PARTI...

23h00, le soir même. Nous voila tous les quatres vautrés dans notre salon ritzien, impatients, la télé allumée...
Et lorsque finalement nous nous voyons de l'autre cote de l'ecran: c'est le fou-rire generalisé. Le chef-monteur semble s'en etre donné à coeur joie pour camoufler cette pustulance labiale, tentant le tout pour le tout: fondues enchainées, floues artistiques, découpages, recollages, dégradés et camaieux d'images, allant même jusqu'au dedoublement de la personnalité!!!

Nathalie.

19 avril, 2006






PÂQUES À CACHI - 14, 15 et 16 avril 2006

Après la petite inquiètude de savoir où passer Noël, suivait tout naturellement celle de savoir où passer Pâques. Ces rendez-vous donnés par le calendrier chrétien, vécus dans nos chaumières familiales dans la plupart des cas, renvoient les isolés à leur isolement. L'Argentine, pays catholique réputé pour la ferveur de ses pratiquants, promettait cependant un rendez-vous qu'il ne fallait pas manquer.

Après quelques conseils et informations prises auprès de M. l'ambassadeur, c'est la province de Salta, au nord du pays en direction de la Bolivie, qui est finalement retenue comme destination pascale. A l'issue de notre concert, ce choix se trouve vite confirmé par les recommandations d'une des invités de l'ambassadeur:

- "Vous partez demain à Salta? Oh, il faut absolument que je vous donne le contact de mon amie Jackie, une femme artiste anglaise qui habite Cachi, un petit village perdu dans les montagnes, et qui se fera un plaisir de vous recevoir!"

Cachi. 2400 mètres en altitude. Quelques centaines d'habitants. Indiens pour la plupart. Une église, simple et charmante, dans laquelle les habitants se relayent pour prier en ce vendredi saint. Une église, comme tant d'autres sur ce continent, qui nous met un peu mal à l'aise lorsque nous voyons les indiens prier, parce qu'elle nous rappelle à quel prix les missionnaires ont imposé la religion catholique. Une église au centre de Cachi qui draine tous les villageois et dicte les étapes-clé de ce week-end pascal.

Le vendredi soir, un chemin de croix grandeur nature sillonne les ruelles, avec comme fond sonore des bouts d'évangile crachés d'un haut-parleur grésillant. Les latinos ne négligent aucun détail: l'habit blanc du christ, maculé de sang, rappelle les représentations ultra-réalistes qui ornent les églises d'Espagne et du Portugal. Tout y est: les chutes, les coups de fouet, les larmes, jusqu'à la spectaculaire mise en croix sur la place centrale. Deux crucifiés attendent Jésus -torses nuds et grelottant, qui se fait hisser sur une immense croix à la lumière de quelques projecteurs.

Le samedi, c'est relâche pour la troupe de comédiens. En guise d'exutoire à tant de souffrance accumulée et partagée, un Juda-pantin en jeans pendouille pendu sur un fil, exhibé tel un trophée guerrier à 3 mètres du sol. Il sera flambé à la nuit tombée... Curieuse coûtume vengeresse pour un dieu sensé être redempteur et misericordieux!

Il faut dire qu'ici, la religion semble s'être accomodée des pratiques et traditions locales. Ainsi, lorsque Jackie rend visite à une "sorcière-guérisseuse" pour traiter une allergie de peau, elle en ressort avec des instructions mêlant Ave Maria, cierges et feuilles de coca!

Felices Pascuas!
Raphaël.






JACKIE HENDERSON Y LOS CORDONES

Les hasards et changements de dernière minute sont en général les plus belles surprises du voyage. Nous nous sommes rendus de cette manière, sur un coup de tête, dans le tout petit village de Cachi avec sur un coin de partition déchiré, le nom de Jackie Henderson et un numéro de téléphone.

Notre timidité a très vite été ravalée lorsque nous avons rencontré pour la première fois le personnage abracadabrant de Jackie qui sans aucune politesse de transition nous a embrassé chaleureusement en nous appelant: "les enfants"!!
- "Restez autant que vous le voudrez!!" nous dit-elle en nous tirant par le bras vers une des plus belles chambres de sa demeure...
Chaque objet choisi ou confectionné avec soin apporte une touche sensible et colorée à l´harmonie qui règne dans la maison. Belles portes anciennes, tables et parquets en bois de cordon (ces géants cactus qui peuples les plateaux environnants). La vue panoramique surprenante nous offre à tout moment un tableau presque irréel.

Les repas cuisinés avec simplicité et beaucoup de goût nous incitent à la discussion. La sincerité et la générosité de cette femme font naître dans la relation une confiance réciproque, nous amenant à parler des sujets les plus personnels avec un naturel déconcertant!

Chaque jour, nous grimpons dans son pick-up à la découverte de nouveaux paysages, les couleurs les plus vives se répartissent sur cette palette géante, les montagnes sculptent l´horizon en imposant leur profil. Le bonheur est grand et le silence en dit long... Au moment du retour, le coffre du pick-up, jusque là vide, se remplit d´indiens marchant le pas lourd vers leurs chaumières: bébés gazouillant sur le dos de leurs mères, vieilles personnes ridées par le temps, groupes d´enfants aux pomettes rougies par le froid. Enfin arrivé au village, le pick-up, bourré à craquer, se déleste de chacun de ses passagers, Jackie refusant, bien sûr, le moindre petit billet.

Le dernier jour, après un petit concert de remerciement dans son salon, Jackie, dans son élan de générosité habituelle, nous propose de nous emmener sur un vaste plateau peuplé d´une armée de cordons et quelques ruines incas laissées dans l´oubli. Après une demi heure de piste, le spectacle est époustouflant! Nous slalomons entre ces silhouettes monumentales plusieurs fois centenaires. Face aux ruines incas qui témoignent d´une culture éteinte, les cactus géants, eux, nous délivrent un sentiment d´éternité...

Nathalie.



¿TANGO? ¡TANGO! - 9 avril 2006

Qu'il est bon de flâner dans les rues de Buenos Aires! Après sept mois de voyage et de déracinement, la capitale argentine aux allures parisiennes nous fait l'effet d'un parfum retrouvé: petites rues pavées, nombreuses terasses de bistrots qui débordent sur chaque trottoir, squares et parcs des quartiers chics à la hausmann (où l'on retrouve certaines banques françaises). On s'y croirait! Les porteños (habitants de Buenos Aires), se targuent même d'avoir eux aussi leur champs-élysées flanquées d´une obélisque!

La lumière qui arrose les quartiers de cette ville est belle. Elle rappelle celle des villes de l'Europe du sud lorsqu'elle vient embraser les façades colorées des maisons au soleil déclinant. Il faut dire que cette lumière est une lumière d'automne. Les robes semi-légères des femmes argentines sont là pour le rappeler, elles appartiennent encore à l'été qui vient juste de se terminer.

Mais les porteños peuvent se vanter à juste titre de posséder quelque chose qui est bien à eux: le tango! Au risque d´entretenir le cliché qui saute à l'esprit lorsqu'on ressort l'Argentine et Buenos Aires de l'imaginaire collectif: les argentins dansent effectivement le tango, ils adorent le tango, sont fiers de leur danse nationale et la dansent même de plus en plus semble-t-il!

Nous sommes impressionnés de constater que sur les places de certains quartiers de la ville, des danseurs, professionnels ou amateurs (cf. photos!), se lancent et s'enlacent au son d'une milonga diffusée d'un lecteur CD portatif, pour le plus grand plaisir du public (à majorité autochtone). Un peuple qui danse dans la rue est un peuple qui va bien! Nous repensons à ces musiciens amateurs chinois rencontrés un dimanche de décembre dans le parc de Chengdé, qui se réunissaient pour pousser la chansonnette au son du violon traditionnel (http://musiquevagabonde.blogspot.com/2005/11/chengde-24-novembre-2005-legende-des.html#links). Ou encore -et toujours en Chine, ces vieux papis si touchants de Jinghong au Yunnan, qui dansaient au ralenti autour d'un arbre de la place centrale à la nuit tombée. Pourquoi diable avons-nous perdu la danse sur les places des villages de notre vieille Europe? Allez, nous avons peut-être bien encore les bals organisés, mais plus rien de si frais et si spontané que ces cercles improvisés d'amateurs de tango qui se soutiennent et s'encouragent mutuellement. Ils ont cela dans la peau, la danse fait partie de la vie ici!

Le tango que nous retrouvons un soir dans un bar sombre de la ville nous renvoit davantage à ses origines: une danse sensuelle sinon érotique qui se fixe dans sa forme près des bordels et des quartiers "chauds" de la ville, sur les quais du port notamment, à une période (debut XXème) où l'immagration massive des latino-européens (Italie, Espagne...) portait la population masculine a plus de 70% de la population totale du pays!...

Je dois quand même ajouter pour conclure que cette danse nous semble être extrèmement compliquée: une succession de pas parallèles, ponctuée de figures acrobatiques et audacieuses, qui contraignent Nathalie à plonger sous la table à chaque fois que le danseur professionnel cherche du regard une femme à inviter dans la salle!

Raphaël.

Plus d'infos sur le tango:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tango_argentin
http://www.offjazz.com/ds-tang.htm

SEJOUR A LA RESIDENCE BELGE DE BUENOS AIRES - du 8 au 13 avril 2006

Avez-vous déjà eu la chance d'être accueillis par un ambassadeur qui vient personnellement vous chercher à l´aéroport au milieu de la nuit?
He bien, notre petit séjour à l'ambassade de Belgique de Buenos Aires fut agrementé par ce genre de petites surprises qui n'ont cessé de nous étonner et de pimenter avec bonheur la semaine passée dans la capitale!
En voici quelques exemples:

La découverte de la résidence de Belgique ("une des plus belles de Buenos Aires!") et ses nombreux salons Louis XVI - lustreries, faillences, canapés en bois sculptés, tapis d'orient - nous a vite décidé à sortir du fond de nos sacs poussièreux l'unique jupe et chemise distinguée afin d'être plus en harmonie avec le décor.
Amusant d'imaginer, le temps de nous glisser dans notre confortable lit, que le roi Albert et la reine Paola nous ont sûrement précédé dans cette couche nuptiale!

Grande stupéfaction lorsqu'au moment de notre premier petit-déjeuner, le couple "ambassadorial" fait son apparition en pantoufles et robes de chambre, et au fur et à mesure que l´ambassadeur decrit avec verve les différents aspects de sa fonction, sa robe de chambre s'ouvre, nous offrant une vue spectaculaire sur l'abondante moumoute grisonnante de son torse, ce qui nous mis, vous pourrez vous en douter, excessivement mal à l´aise...

Une pensée de sympathie me vient également pour le major-d´homme, David, qui chaque jour a 13h00 pétantes servait, droit comme un I dans son complet blanc, les repas succulents cuisinés par Rosie, avec les ingrédients préalablement achetés par Rosa, la femme de menage. Pas évident l'organisation d'une ambassade!

On s'est vu fournir pour l'occasion du concert le plus beau clavecin de Buenos Aires!! Révélation pour Raphaël qui a d´ailleurs commandé sur un coup de tête une copie du magnifique clavecin Ruckers-à-grand- ravalement-français-du-XVIIIème-siècle. Soit dit en passant, le tour du monde n´a peut être pas le mérite de remplir les caisses mais au moins celui de nous aider à prendre des décisions importantes!

En préparant le concert, nous constatons que pour la première fois, le programme réunit des oeuvres de musiciens voyageurs! A l´approche de la fin de notre voyage, les extrèmes se rejoignent, la boucle se referme bientôt, unissant compositeurs et interprètes dans un même destin d´errances musicales...

Nos bloggophiles français pourraient croire qu´il s´agit là de Napoléon... mais quelle fierté aurions-nous, belges, à exhiber ainsi dans nos plus beaux palais le portrait d´un ennemi que nous avons de surcroit vaillamment vaincu à la bataille de Waterloo?

De qui s´agit-il alors?

Quand je pense que Raphaël m´a interdit de prendre un maillot de bain par souci d´exces de poids... Regardez-le s´en donner à coeur joie, vêtu de son caleçon faux-Calvin Klein acheté en Mongolie! On voit que ce n´est pas lui qui a des culottes Snoopy, Hello-Kitty et Garfield, condamné à rester sur le bord de la piscine en simulant un mal de ventre pour ne pas infliger à l´ambassadeur un véritable defilé animé!!

Nathalie.

08 avril, 2006




LES COULEURS DE L'AFRIQUE DU SUD - 8 avril 2006
légendes des photos:
1 - Dans notre avion aux couleurs de l'Afrique du sud, survolant l'océan atlantique
2 et 3 - Un lionceau blanc et un zèbre d'une reserve naturelle
4 - le t-shirt de l'école de Robin, petit cousin de Nathalie

Lorsque nous survolons le territoire sud-africain pour la première fois, c'est d'abord le vert qui nous saute aux yeux. Prairies d'herbes grasses, montagnes et collines boisées, forêts généreuses. Les déserts d'Iran et du Soudan ne nous avaient pas vraiment habitué à cela! L'avion se rapproche du sol et survole maintenant les faubourgs -chics?- de Johannesburg, et de petites taches de bleu turquoise viennent s'incruster ici et là dans la grande mosaïque verdoyante: les piscines, présentes dans presque tous les jardins de cette banlieue, nous donnent vite une idée du degré de développement de ce pays.

Les banlieues et zones commerciales que nous traversons à bord de la voiture de (tante) Nicky qui nous ramène de l'aéroport, confirment rapidement nos premières impressions d'un pays très développé. Et si l'on mettait de côté la conduite à gauche (mais mieux vaut ne pas l'oublier trop longtemps!...), ce pays présenterait au premier abord de nombreux points communs avec l'un ou l'autre état des Etats-Unis: tout ici est écrit en anglais, les belles voitures rutilantes vrombissent de tout leur long sur de larges axes routiers, slaloment entre des villas surprotégées, avec à chaque feu rouge, devant le Mac Do, des vendeurs de pacotille, issus de cette forte minorité noire, qui tentent de s'en sortir en vendant le journal, un lot de cintres ou de parapluies...

Minorité noire? Non, les noirs sont biensûr largement majoritaires en Afrique du Sud (près de 90%). Mais si longtemps ecrasés par les blancs, descendants des colons européens pour la plupart anglais et hollandais, arrivés sur cette terre éloignée depuis bien des générations. C'est parce qu'ils sont largement majoritaires, et on aurait envie de dire "chez eux", que ce rapport de force donne un profond sentiment de malaise. Malaise par procuration... il nous est très inconfortable de nous mettre dans la peau d'un blanc ici. Devoir de mémoire, mémoire collective. On ne peut être cependant coupable de sa naissance mais coupable de ses actes ou responsable de ses pensées. Apres tant de générations passées, quelle est le sentiment de légitimité de quelqu'un qui n'a pas choisi de naître blanc en Afrique du sud? Nos pensées perdent leurs bon sens, et qu'en est-il de la soufrance des noirs! Le pays porte indéniablement les marques de l'apartheid, et douze années apres l'abolition de la segrégation raciale, la séparation dans les esprits est toujours bien là. Si les ghettos, ou villes à majorité noire subsistent (Soweto), les blancs de leur côté se retrouvent dans des quartiers sécurisés, font leur courses dans les centres commerciaux des quartiers blancs, servis par des noirs... Un echiquier où le noir et le blanc se cotoient, se croisent et s'affrontent parfois, sans jamais se métisser, comme sur le mystérieux et impressionnant pelage des zèbres...

Mais les métissages commencent à se faire sur la pointe des pieds, nous dit-on. L'espoir est grandissant, alimenté par un ras-le-bol de cette insecurité qui cloître tout le monde à domicile. A l'image du nouveau drapeau de l'Afrique du sud (http://mapage.noos.fr/drapeaux/afriquedusud.htm) dont les nombreuses couleurs symbolisent l'union pacifiée des différents partis blancs et noirs (noir-jaune-vert pour l'ANC, le parti de l'ancien président Mandela, et rouge-blanc-bleu pour l'ancien drapeau des republiques boer, gouvernées par les blancs). Une autre interprétation du drapeau attribuera au noir et au blanc le symbole des différentes couleurs de peau, au rouge le symbole de la terre, au bleu l'océan, au vert la fertilité, et au jaune, l'or...

C'est finalement peut-être cette couleur qui est responsable d'une bonne partie de tout ce sang versé en Afrique du Sud: ses nombreuses mines d'or (40% de la production mondiale) ont declenché des flux de migration provenant du monde entier, et attiré la convoitise de personnes qui n'avaient plus rien à perdre dans leur pays d'origine. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud détient dans ses plus grandes villes les taux de criminalité les plus hauts du monde, et il faut souhaiter à ce pays que la couleur verte reprenne un jour le dessus dans les esprits, et que l'évocation de ce pays nous renvoit d'abord aux couleurs des nombreuses et magnifiques reserves naturelles qu'il possède, avant de songer aux pages les plus noires de son passé sanglant.

Raphael.
EN FAMILLE CHEZ LES ZOULOUS - 5 avril 2006
Courte escale à Johannesburg chez Nicky (ma tante et marraine) et Guy, Thomas, Jasmine et Robin.

La villa coquette aux allures de cottage anglais n'annonce que du bon temps: petit-déjeuners mozartiens, lectures au salon, plongeons dans la piscine, bronzette et leçons d'espagnol dans les transats, sous le doux soleil de l'automne sud-africain...

Pour ne rien vous cacher, nous sommes arrivés dans un état assez lamentable, et si notre tante adorée ne nous avait pas tiré tous les deux par la peau du cou chez le médecin pour soigner infections, vieux maux de gorge, carrences en fer et vitamines, ainsi qu'une acnée toujours persistante, nous aurions fini par être rapatriés illico par le premier boeing.

Les soirées affichent leur programme: moments de divertissements avec les ados autours de jeux de société, Super Cluedo, Marco Pollo et Camelot dont je n'ai d'ailleurs toujours pas compris les règles.
Discussions interminables sur le choix du film, à cause de divergeances de goût au sein du groupe: films anglais mélo-romantiques pour les filles, films d'action americains pour Thomas l'aîné, films de vampires pour Guy, films d'art et essai pour Raf et enfin Walt Disney pour Robin. Je n'oublierai pas non plus de citer les repas gargantuesques et les tablées somptueuses, preparés avec amour par notre chère tantine, soutenue rapidement par notre passion culinaire retrouvée, produisant chaque jour, tartes aux pommes ou aux champignons, gratins de chou-fleurs, gâteaux a la rhubarbe, visitandines et crumbles...

[Ce n'est pas facile tout de même de rester dans l'illusion du confort d'une vie familiale sans voir avec vertige la longue route solitaire que nous avons encore à parcourir...]




Le week-end nous offre la possibilité d'aller prendre la mesure de l'immensité de la nature. Des hectares de savane habritent le bestiaire africain: babouins, gnous, zèbres et giraffes, antilopes et autruches, hyènes, mais surtout le roi des roi: le lion et sa progéniture. Il nous a procuré deux sueurs froides lorsqu'après nous avoir fixé de son regard pénetrant, il s'est dirigé droit vers la voiture, nettoyant tout le flanc gauche de la carcasse avec sa fourrure abondante.

Parmis toutes ces activités, j'aimerais ajouter que j'ai profitté des facilités mises à disposition par ce pays developpé pour m'arranger le faciès et recouper ma touffe chevelue qui commencait à tomber de manière complétement anarchique. Et ce biensûr, par unique soucis de rehausser la qualité visuelle du blog...

Raphael quant à lui, s'est plutôt concentré sur la qualité vestimentaire de sa garde-robe en y ajoutant un magnifique pantalon en velours noir offert par sa nouvelle tante. J'espère de tout coeur qu'il ne vous fera plus subir la vision de ce sac à patates gris qui me sort par les trous de nez à moi aussi!!


Merci de tout coeur à toute la famille pour tous les bons moments passés à discuter, à rire aux eclats jusqu'à en perdre parfois la raison...

Nathalie
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FRONT LINE BOU-BOU - mars 2006

13h00: c'est l´heure de la pause. Nous nous apprêtons à rejoindre la caféteria du CCF pour déguster notre carcade quotidien lorsque Daffala nous interpelle:
- Je vous emmène chez le tailleur pour faire faire les uniformes du concert!
Avec Daffala, les ordres sont les ordres, nous embarquons donc sans broncher dans son véhicule qui doit être la carlingue la plus rouillée de tout Khartoum. Bing bang flonk splach et compagnie, nous sommes partis!

Après avoir sillonné longuement les ruelles en terre d'Ondurman et nous être arretés une petite heure chez le garagiste (si on peut encore parler de garagiste: il plonge dans sa collection de pièces detachées usagées pour sortir un vieux boulon qu'il s'empresse de remplacer sous la carcasse en ruine. Et ca marche, c'est ca le pire!!) nous nous arrêtons finalement en face d'une maisonette en terre. Trois vagues bouts de tissus delavés dans la vitrine laissent soupçonner la présence d'un couturier. Toute la troupe entre... La discussion des prix envenime l'ambiance guillerette de la journée ensoleillée et une véritable dispute eclate finalement, si bien que Daffala quitte le lieu en claquant la porte, suivi de près par sa troupe et nous deux suivant derrière sur la pointe des pieds. Le tailleur suivant semble plus concilliant: il commence à prendre courageusement les mesures de chacun des musiciens, quand a 17h00 pétantes, il lache son mètre, bredouille quelques mots incomprehensibles, reçoit apparemment l'approbation générale pour embarquer toute l'équipe prier à la mosquée du coin.

Nous voilà soudainement seuls dans le minuscule atelier ou trône une vieille machine Singer à manivelle (comme du temps de ma grand-mère), entourée de touffes de tissus effilochés tous plus moches les uns que les autres. Le fou rire eclate biensûr immédiatement. Dans quelle aventure abracadabrante nous sommes-nous encore fourrés!! Nous soufflons un peu, reprenons nos esprits, et à peine 15 minutes après, le troupeau masculin reviens avec vacarme en s'engouffrant à nouveau dans la petite pièce.

Les vrais problèmes surviennent à ce stade-ci de l'histoire! Le choix de la chemise et les mesures des hommes étant prises, il reste mon cas à discuter... Des affiches d'exemples de robes tapissent les murs de la barraque et tous se mettent à inspecter les figurines une par une en donnant leur avis (cf photo ci-dessus). Le ton monte à nouveau... Avec effroi, je les vois passer leurs doigts sur des robes à frou-frou, robes de nuits à dentelles brillantes et autres tuniques ethniques zoulous toutes plus extravagantes les unes que les autres...
Je me dis: ce n'est pas vrai!!, c'est tout de même moi que ça concerne finalement! Je surmonte ma timidité pour intervenir au milleu de cette pagaille. Je leur propose un ensemble tout simple, et comme par enchantement, ils acceptent ce choix judicieux de la sobriété.
Je n'echaperai cependant pas au "bou-bou nid-d'oiseau" sur le crâne, qui semble indéniablement faire partie du folklore local!

Un autre problème survient également: qui va prendre mes mesures?
*Au Soudan comme dans les autres pays musulmans, il n'y a pas de contact physique entre hommes et femmes*
Je vois le couturier qui commence à se tortiller, regarder à droite puis à gauche, pour finalement fourrer son mètre-ruban dans les mains de son neveu. Le pauvre garcon, il semble à peine sorti de l'adolescence vu les vagues picots de moustache post-pubère qui se dessinnent au-dessus de ses lèvres. Gêné comme jamais, il prend mes mensurations du bout des doigts avec 20 cm de marge chaque fois pour ne pas me toucher.
Mon dieu! en plus du bou-bou je me retrouverai avec une poitrine gigantesque et un arriere train de mama. Je n'ai plus rien à perdre maintenant!

Finalement tout s'est bien terminé malgre une nouvelle discussion entre tous les hommes du groupe juste avant le concert sur la manière de nouer le bou-bou sur la tête. Ils me tripotaient encore le crâne les uns apres les autres quelques secondes avant d'entrer sur scène! Si bien que je me suis demandée pendant toute la durée du concert si je ressemblais plus à un chou-fleur, un champignon ou une salade frisée!

Nathalie.





LA MUSIQUE A KHARTOUM, SOUDAN - mars 2006

Legende des photos:

1 - Avec notre ami Molhe, membre du groupe de Dafalla
2 et 3 - Dans le village dingo, joueurs de wuaza
4 - repetition sur le toit du CCF quelques heures avant le concert
5 - joueur du Oud au centre national pour les instruments traditionnels

Lorsque nous nous apprêtons à nous rendre au Soudan, pour la première fois nous échappons à ces symptômes-fantômes qui refont surface à chaque fois que nous quittons un pays pour un autre, et qui préludent au déracinement du vagabondage: grosse angoisse, mal de tête et sentiment d’être tout petits et seuls au monde. Cette fois-ci, nous savons où nous allons, pour avoir été déjà invités dans ce coin d’Afrique l’année dernière. Et cela change tout! Quelle joie d’être accueillis à l’aéroport, quel confort d’être pris en main du début jusqu’à la fin, quelle chance de retrouver ici des têtes connues et amies…

Notre séjour a Khartoum, organisé par le centre culturel français, se passera comme suit:
- première semaine: répétitions avec les musiciens traditionnels soudanais, à l’issue de laquelle nous donnerons un concert « métissé » sur le toit du CCF.
- deuxième semaine: ateliers à la faculté de musique de la capitale, conférence sur la sonate baroque et quatre jours d’ateliers avant le concert final a la fac.

C’est Dafalla (grand prêtre de la musique traditionnelle soudanaise qui nous avait fait forte impression l’année dernière) qui prend les commandes de cette première semaine, et qui nous propose un planning digne d’un ministre de la culture en campagne: chaque après-midi une fois notre répétition quotidienne terminée, nous enchaînons visites de musiciens aux quatre coins de Khartoum: Orchestre National de musique traditionnelle, Orchestre Nationale des Femmes, meeting soufi, musiciens de l’ethnie Dingo, etc ... Un riche aperçu de l’étendu de la musique au Soudan, plus grand pays d’Afrique qui compte près de 500 ethnies, et donc presque autant de langues et de musique. Qui l’eut cru! Et quel drôle de coup du destin qui nous amène à connaître plus en profondeur ce pays que nous ne pouvions même pas situer sur une carte de l’Afrique!

S’il fallait en relater un seul, le moment fort de la semaine est incontestablement la visite du village ou vie la minorite dingo. Après un bon bout de route et quelques kilomètres de pistes a bord du tacot bringuebalant qui sert de voiture à Dafalla pour gagner ces faubourgs éloignés du centre-ville, nous arrivons enfin dans ce "club" de l’ethnie dingo. Le rendez-vous était pourtant arrangé par Dafalla: mais personne semble nous attendre… Le club en question se résume à une cour ensablée, où quelques chaises rafistolées s’entassent sous une taule ondulée. Les trois chaises rembourrées qu’on nous amène ainsi que quelques boissons fraîches nous font vite comprendre qu’il nous faudra patienter quelques instants avant de pouvoir réunir la dizaine d’instrumentistes nécessaires à reconstituer le wuaza, cet ensemble de flutes traditionnelles. Il n’y a pas foule comme on dit. Je passerai les détails de l’attente qui n’en valent guère la peine, pour vous emmener une bonne demi-heure et de nouvelles boissons plus tard: la moitié du village se trouve réunie à l’ombre de la taule ondulée, la bonne dizaine de musiciens requise est bien là, mais nous attendons maintenant la personne qui a les clés du local où sont rangés les instruments. En Afrique, mieux vaut prendre son temps et ne pas être trop à cheval sur les horaires, les choses se font lentement mais se font finalement, « il n’y a pas de feu au lac » ici non plus (et d’ailleurs pas de lac non plus).

La clé arrive enfin. Commence alors une incroyable cérémonie dont les rites se mettent en place progressivement: les wuaza (longs tuyaux évasés) sortent un à un de leur cachette et constituent chacun une partie d’un gigantesque orgue à taille humaine. Quelques pas de danse esquissés timidement, un pouet et deux tuts, et en un déclic, la grosse artillerie musicale se met en branle. En deux pas et trois mouvements c’est la farandole, des cris, des sons, des rires, des torses bombés de fierté, une pulsation exaltante fait même sortir un guerrier et sa lance du local (je jette un regard de plus en plus inquiet a Nat), c’est maintenant une village et demi qui est réuni dans cette cour… On nous colle une flûtiotte dans le bec, et après avoir vite ravalé notre stupéfaction, Nathalie, Dafalla et moi sommes happés dans la ronde. Chacun responsable de sa petite mission: une note et un rythme qu’il doit jouer au bon moment pour donner vie à cette œuvre collective monumentale. Le résultat sonore de cette mosaïque est impressionnant: une musique polyrythmique et répétitive, dont la force a fait dansé les plus plus réfractaires, sans l’ombre d’une réticence…


Raphael.









UNE VIE SOCIALE PRESQUE NORMALE (Lettre à Sandra Bartmann) - mars 2006
Légendes des photos:
1 - les bords du Nil, sur l'île de Tutti
2 - jeunesse soudanaise en tutu
3, 4 et 5 - le cirque des clowns sans frontière
6 - Nathalie, animatrice a l'école française de Khartoum
7 - au souk d'Omdurman
8 et 9 (ci-dessus) repas chez Dafalla, avec Sandra.

L'île de Tutti au coeur de Khartoum est l'exeption qui confirme la règle: le Soudan se situe bien dans une zone désertique sub-saharienne asséchée, suffoquante et assoiffante. Mais l'île de Tutti au carrefour des Nils est l'oasis qui raffraichît l'esprit: la ville distanciée, le temps ici semble suspendu. Les jeunes poussent le ballon, les vieux regardent le soleil se coucher. Les champs verdoyants s'étendent outrageusement de tout leur long sur la surface de l'ile, rythmant l'espace comme les barres de mesure sur la partition d'une valse opulente. La végétation luxuriante (si si) nous ferait presque oublier le climat hostile et la difficile réalite de la vie au Soudan. Il s'en faudrait de très peu pour que Tutti n'ai rien à envier à Cythère, sa soeur et seule rivale. Ici, la terre vous veut du bien et vous fait l'entendre, elle offre dans son verger ses fruits les plus savoureux. Tu avais raison Sandra, la forêt de Tutti (quelques arbres au beau milieu) est bien son plus bel atout. Les oiseaux colorés qui en sortent invitent à la baignade et parachèvent le tableau bucolique de cette promenade pré-dominicale.

Seule ombre au tableau, les chèvres de Tutti ont des queues trop longues. Ratées les chèvres. Pan. Ça ballotte de tous côtés, ça pendouille entre les pates arrière. Ça ne sert à rien. C'est moche et croûteux.

Tutti, c'est un peu comme le goût de la cerise en Iran, comme un Mac Do en Chine ou une soirée mondaine en Inde... Ces mirages sucrés qui vous donnent un léger arrière-goût de nostalgie.

Ou, plus improbable encore, comme ces clowns sans frontière qui débarquent au milieu du Soudan dans un centre pour enfants handicapés. En deux temps trois mouvements le décor est planté, le rêve déployé. Il fallait voir ces visages qui s'eclairent chez ces enfants qui n'ont pas idée de ce qu'un "spectacle" veut dire.

De la garden-pizza à la charlotte aux fraises,
en passant par la gratinade dauphinoise et la terasse du café Ozone.
Tarte aux gencives et gueules de boucs,
Karkade et Tabaldi à volonté,
cocktails de soirées
qui s'enchaînent sans se ressembler.

Mais ces plaisirs furtifs ne trompent qu'un instant.
Le séjour est fini il faut repartir.
Le coeur est gros.
On a bien ri comme jamais on a ri dans notre voyage.

Merci!

Raf et Nat.



ATELIERS A LA FAC DE MUSIQUE DE KHARTOUM - mars 2006
Legendes des photos:
1 - avec les profs de la fac
2 - Nathalie et Kamal, professeur de flute
3 - Raphael et une eleve de piano
4 - (ci-contre) Nathalie et la prof de clarinette travaillent un canon de Telemann

Le temps de prendre chaque jour notre dejeuner au centre culturel avec notre amie Sandra, et nous grimpons dans le pick-up du CCF qui nous emmene a la faculte de musique. Nous avons nos petites habitudes lors de ce sejour a Khartoum. Pour un peu, les reperes de notre planning a la mecanique bien huilee nous offre un debut de routine (hmm... que c'est bon la routine!).

Arrivee a la faculte. Courage, il faut relever les manches et affronter ce long tunnel de 4 heures de cours sous la chaleur caniculaire. L'arrivee au compte-goutte des etudiants, qui s'etale sur une bonne demi-heure nous permet de prendre notre elan. Les choses se mettent en place tout doucement au Soudan, il ne faut jamais etre trop presse!

Le premier jour apres les discours d'ouverture, nous improvisons une sorte de conference sur la sonate baroque: definition, origines, evolution, exemples. Le silence qui nous fait face dans l'auditoire n'est pas vraiment explicite. Soit cela leur passe a 40 kms au-dessus de la tete, soit ils sont profondement passionnes et trop bouleverses interieurement pour manifester quoi que ce soit. Continuons courageusement, nous finiront par comprendre que dans ce pays, les reactions ne sont jamais trop vives!

Pendant que Nathalie travaille de son cote le programme du concert final avec les professeurs, la premiere heure me sert a donner cours individuellement a chaque pianiste sur des pieces de Bach. Well... des bouts de piece en fait. Si l'enthousiasme du professeur de piano (qui traduit pour le reste de la salle) frise a certains moments l'euphorie, les eleves impassibles qui defilent sur l'estrade comme s'il s'agissait d'un echafaud me donnent parfois l'impression de ramer dans de la pate a modeler! Je redouble pourtant d'efforts pour les mettre a l'aise, me faire comprendre, les faire rire parfois. Dur dur! Un jour, une eleve sans doute intimidee se leve en plein milieu du morceau et quitte la piece dans un grand eclat de rire nerveux. Pas de pleurs comme on en trouve parfois en Europe, des rires! Bon... je me tourne stupefait vers le professeur, mi-figue mi-raisin: ... au suivant?

La deuxieme partie de l'apres-midi est consacree a la musique de chambre. Nous beneficions cette annee de plus de temps que l'annee passee, et cela fait du bien de sentir que cette-fois, la sauce prend! Les visages s'illuminent au fur et a mesure de la semaine, lorsqu'on retrouve ici ou la cette meme structure maintenant plus familiere de la sonate baroque. En passant dans les couloirs de la fac, on n'en revient pas d'entendre des walking-bass baroques qui s'echappent des portes entr'ouvertes. Une guitare-reggae, un violoncelle et une contrebasse en pizz autour d'un pupitre qui deroulent des kilometres de basses continues de Haendel, Corelli, Telemann.

Grace a notre fidele amie Laura-bullette (qu'elle soit ici grassement remerciee) qui brave des heures durant les caprices de la technologie pour scanner et nous envoyer par e-mail les partitions de sonates en trio page par page, nous preparons avec les professeurs de la faculte un programme de concert donne devant les etudiants (et journalistes!) le dernier jour.

Le pot d'adieu precedant le concert est un moment emouvant. Apres les discours de remerciements du directeur de l'universite et des professeurs concernes, une eleve se leve spontanement pour nous remercier a son tour de cette semaine d'ateliers. Puis une autre, puis un troisieme... et bientot une vingtaine d'eleves sur la cinquantaine presente qui se levent un par un pour nous dire quelques mots d'adieu et de remerciements. Il nous faut contenir la larme et faire bonne figure, car nous jouons dans quelques minutes...

Raphael.


12 mars, 2006




FEMMES VOILEES...- mars 2006

Elles deambullent comme des fantomes. Les formes de leurs corps ont disparu dans les vagues amples des longues robes noires. L'identite s'est effacee doucement au fil des ages et est repoussee si loin du corps qu'elle devient le reflet d'un puit sans fond dans lequel la condition de la femme a disparu. Dans leur jeunesse seulement, sourires et brillance du regard sont encore perceptibles...
Innocence ou espoir...

Je me sens revoltee et destabilisee par ces images qui sculpent grossierement la difference avec mon existence. Comme si j'etais apparue dans une autre epoque ou je ne me melange pas du tout avec le decor.

Dans la capitale, la ou les voiles se racourcissent et tombent parfois meme par megarde sur les epaules, j'ai vu des femmes se battre corps et ame pour defendre leurs droits... leur voix... une lutte quotidienne pour une vie moins oppressee, plus libre...

Je suis tombee des nues lorsque j'ai pris connaissance des droits qui divergent entre les femmes et les hommes en Iran. Voici qui vous donnera une idee:

1- Le droit a la part de l'heritage: la fille a droit a la moitie de celui de son frere.
2- Il en est de meme pour le "prix du sang": en cas de deces, une assurance vie comptera le double pour un homme que pour une femme.
3- Les droits de garde d'enfant: en cas de divorce, c'est au pere -ou a defaut a la famille du pere- que revient le droit a la garde de l'enfant. la mere n'aura le droit a la garde de son enfant que pendant les sept premieres annees pour sa fille et pendant les 3 premieres annees pour son fils.
4- Le droit de divorcer: c'est a l'homme - et a l'homme seul - a qui revient ce droit. Tout se passe selon la volonte de l'homme, meme si recemment il peut accorder a la femme son mot a dire dans le contrat de mariage.
5- En droit legal, un temoignage d'une femme vaudra "deux fois moins" qu'un temoignage d'un homme...
6- D'ailleurs, une femme ne peut exercer le metier de juge...
7- Un enfant ayant une mere iranienne et un pere etranger aura automatiquement la nationalite etrangere, il sera donc considere comme etranger et devra se procurer un permis de sejour pour rester sur le sol irannien.
8- Chaque homme a droit a 4 femmes officielles.

Je crois que cela se passe de commentaires... Malgre un refus d' ethnocentrisme "c'est-nous-europeens-qui-avons-raison!!" que je sens de plus en plus installe en moi, un tel etat des lieux tend tout de meme a me faire pencher vers l'idee de droits universels pour la femme et donc d'un combat a mener.

Nathalie.

11 mars, 2006




NOS MAMANS IRANIENNES - Le 9 mars 2006

Une route vagabonde comme celle que nous empruntons depuis notre depart est souvent teintee de solitude, meme si celle-ci est vecue a deux. Loin de nos familles et amis, nous manquons parfois de bras reconfortants, de lieux rassurants, et finalement d'une bonne soiree fou-rire autour d'un repas partage. Mais en Iran tout se passe autrement:

Nous sommes chouchoutes par une multitude de mains protectrices, maternage par procuration venant d'amis des parents de Raphael du temps de leur long sejour dans la capitale Iranienne.
Nous retrouvons un peu le confort du cocon familial grace a nos trois mamans iraniennes: Mina (haut), Marjan (milieu) et Chahla (bas).

Lors de notre sejour dans la capitale, nous passons d'un reconfort a un autre, d'une chambre d'amis a l'autre chambre d'enfant. Les soirees cinema chez les copines du quartier nous rappellent notre vie estudiantine passee, alors que les apres-midis piscine a discuter et rire de la vie nous reconstituent une petite sante physique et morale.
Plans de la ville, recherche d'ambassades, de magasins, explication du chemin, appels de taxis, petits coup de fils en farsi et petits cadeaux par-la, ... nous rendent la vie bien plus agreable.

A la maison, les plats se succedent et arrivent d'on ne sait quelle cuisine, on a meme pas le temps de se faire petit ou d'avancer sur la pointe des pieds qu'ils sont deja projettes sous la table, sans discussion!!! Les 4 mains font partie des divertissements quotidiens . L'integral de mozart y est passe!
Aux quatres coins de la journee, on croise ces memes recommandations inquietes et affectueuses: "les enfants!!!" l'instinct revient au gallop! ..."Faites attention en traversant la rue"..."ne mangez surtout pas du poulet par les temps qui courrent"..."ne rentrez pas trop tard a la maison"...

Finalement tout le monde y trouvera son compte!!

Nathalie.





SHARHIAR NAFISSI, UN MUSICIEN SOUFI - 9 mars 2006

Apres Sengedorj en Mongolie, Koyozan au Japon et Yilan au Yunnan, une autre rencontre forte de notre voyage est celle qui nous amene a connaitre Sharhiar, joueur de tanbour et de setar irannienne. Les deux visites que nous lui rendont dans son petit appartement du centre de Teheran nous laissent une marque determinante. "Mister Nafissi" a une voix grave et rapeuse lorsqu'il nous accueille chez lui lors de notre premiere visite. C'est quand il la mele aux sons du setar que sa voix s'envole subitement en prieres et incantations. Son regard se perd, ses yeux se ferment et la force de sa musique tend bientot a nous faire oublier les aspects trop materiels de notre tour du monde, les embouteillages et la pollution de Teheran, et finalement meme qui nous sommes...

C'est justement la que se situe le message de ce musicien, forme aupres de maitres soufis a travers le pays au cours d'un apprentissage traditionnel, demarche personnelle et solitaire ou il n'est surement pas question d'argent mais plutot de soumission totale au maitre qui vous fera peut-etre laver ses carreaux avant de vous faire (ou POUR vous faire) comprendre quelques secrets qui habitent la musique. Sharhiar nous distille quelques une de ces pensees, comme des perles de philosophie qui nous plongent coitement dans la reflexion. La pensee soufie (branche mystique et esoterique de l'islam) cherche a abolir la frontiere entre le materiel et le spirituel, de meme qu'elle cherche a abolir celle entre l'homme et Dieu. Apres quelques heures passees a discuter et jouer ensemble, voici le bilan:

-spirituellement parlant: nous ne sommes ni vieux ni jeunes, nous sommes la musique et la musique est nous. Le ney (flute droite iranienne, cf photo) est la voix, le chant de la nature, sa nature premiere. Le ney est donc la nature et nous sommes le ney. Nous sommes la nature et nous sommes le ney. Nous sommes tous le ney, si nous le croyons, si nous nous le voulons. Je suis le ney, Nathalie est un ney, vous etes un ney.

[a ce stade-la de mon texte, certains d'entre vous, inquiets face aux consequences de notre voyage sur notre etat psychique, doivent surement penser qu'il est temps maintenant que nous rentrions, la plaisanterie ayant assez dure. Je les comprend et ce point de vue semble egalement largement partage par les gens qui nous cotoient... le soleil tape parfois bien fort dans nos contrees, il est vrai]

-materiellement parlant: la generosite de Sharhiar est a la mesure de l'echange que nous avons vecu avec lui, et je repartirai de cette rencontre avec un magnifique daf sous le bras, n'en croyant pas mes yeux, alors que pour sa part, ma chere et tendre se verra offrir, a votre grande stupefaction et je vous le donne en mille, un ney! CQFD, je vous l'avais pourtant bien dit et vous ne m'avez pas cru, NATHALIE EST UN NEY.

Raphael.

NB: en partant, Sharhiar nous a dit avec un sourire malicieux que la prochaine fois, il nous dirait que le temps n'existe pas... Mais le temps nous manquait pour accueillir dignement cette reflexion...!



ACTIVITES MUSICALES A TEHERAN - 5 et 6 mars 2006
Legende des photos:
1 - concert chez le Conseiller culturel et l'Attachee culturelle
2 - animation a l'ecole francaise de Teheran
3 - Shiva et Parvati, embauches comme porte-instruments le temps d'un concert...

Vu de Chine ou d'Inde, l'etape iranienne s'annoncait malheureusement sans tambour ni trompette. L'ambassade de France ne s'etait a l'epoque pas manifestee, Teheran ne possede pas de centre culturel ni d'alliance francaise, et pour couronner le tout, notre sejour tombait en plein dans le mois de moharram, premier mois endeuille du calendrier lunaire des shi'ites (musulmans d'Iran), qui commemore la mort du martyre Hossein et interdit a ce titre toute fete ou manifestation culturelle publique... L'idee du concert etait donc enterree, et nous nous faisions finalement une raison de cette pause sans concert au milieu de notre tour, apres un sejour en Inde bien (trop!) charge sur ce plan.

Mais peu de temps avant notre arrivee a Teheran, de mysterieux reseaux obscures (et superpuissants) sont animes par la force magique du tour du monde, et jouent en notre faveur: le service culturel de l'Ambassade de France nous demande CDs et biographies.

Grande est notre surprise lors de notre premiere visite au service culturel lorsque nous apprenons qu'un clavecin dort au sous-sol, adosse a la bibliotheque. Je regarde Nathalie les yeux ecarquilles avant de nous rappeler que nous sommes bien en Iran, pays des mille et une nuits...

-"vous pensez eventuellement que je pourrais aller faire trois notes pour le tester?"
-"naturellement, on peut y aller de suite, suivez-moi"

Nous n'en revenons pas. La bete hibernait dans sa housse depuis plusieurs hivers sans doute, et semblait attendre qu'on vienne la reveiller, soumise et silencieuse. Je mele donc avec un plaisir non dissimule le son suave et sirupeux (je vous assure) du Bizzi au doux cliquetis des secretaires qui tapottent sur leurs claviers d'ordinateurs. Le plaisir semble partage et le choix de la date du concert - a condition qu'il soit prive - n'est plus qu'une formalite.

Je ne vous cacherai pas avoir passe un certain nombre d'heures pour rehausser l'epave, et avoir gagne quelques galons en la matiere. Accords et reaccords, taille ou remplacement des becs, reajustage des sautereaux a l'aide des vis de reglage (mes doigts cloqueux en portent encore la trace...), decollage et reglage des etouffoirs en feutre, c'est d'une formule integrale de remise en forme dont avait besoin ce pauvre clavecin egare en Asie centrale! Nous etions tellement heureux qu'il puisse finalement nous offrir en retour notre 'premiere' d'une sonate de Pedrini, importee de Pekin et qui attendait impatiemment dans nos sacs ce jour ou elle serait enfin revelee.

Le concert s'est conclus par un beau moment de musique offert par un joueur de tanbour irannien (instrument a cordes dont la forme et le long manche rappelle celle du setar), 'after' convivial et carrefour des civilisations ou se croisent plusieurs cultures et plusieurs epoques, sous l'oeil bienveillant et complice du couple Parvati-Shiva, ramenes d'Inde par Daniele Wozny et Vincent Grimaud (Atachee culturelle et Conseiller culturel) lors de leur derniere mission dans ce pays.

Deux mots en guise de conclusion sur notre passage a l'Ecole Francaise de Teheran, ou nous avons egalement fais sonner nos pipeaux et grelots, repondant a l'invitation de notre amie Chahla Ebrahimi, professeur de musique.
Les questions a l'issue de notre "la flute a bec au fil du temps" sont diverses et variees:
-"moi mon pere il fait de la guitare depuis 20 ans"
-"moi je suis italienne"
-"pourquoi avez-vous choisi la flute a bec???"

Nous avons fait notre possible pour repondre a ces questions, puis mettre fin a cette presentation dont le clou du spectacle qui a concquis le coeur de notre jeune auditoire fut sans conteste le piano mou en caoutchouc ramene du Japon. Alors que je brandis l'engin nippon, un eleve japonais se sent soudainement pousse des ailes et se leve droit comme un I, tout gonfle par la fierte nationale et par la floppee d'applaudissements provenant de ses camarades amuses.
Je me suis permis de mentionne que cette merveille technologique etait fabriquee en Chine, comme beaucoup d'autres merveilles technologiques japonaise d'ailleurs. Il s'est vite rassis, cedant la gloire et les applaudissement a son camarade chinois, tout etonne de cette gloire inesperee!
Raphael.


LA FACE CACHEE DU TOUR DU MONDE - fevrier 2006

Apres vous avoir fait rever avec nos plus belles photos et en vous relatant nos plus folles aventures, nous vous devons desormais de restituer la part de verite de notre quotidien...
Notre tour du monde est un veritable calvaire!!

Les deracinements...de plus en plus douloureux!! Comme un greffon dont nous rejetons souvent la presence, notre capacite d'adaptation et d'assimilation a deja atteint des seuils d'extreme saturation nous projettant dans de longues heures de deprime. Mais qui sommes nous, d'ou venons nous? Points minuscules en face d'un gouffre, sans question ni reponse, depourvus d'odeurs et de couleurs, sans le moindre repere, la ou la vie ne sonne plus que comme une pure illusion



Les toilettes... ces coquines nous infligent la plupart du temps des souffrances enormes lorsqu'elles font defaut!! Les designs varient suivant les regions: lunette chauffante, jet nettoyant et sechage a temperature ambiante pour le Japon ou alors "trou a merde" attirant une multitude de mouches moches et collantes avec en bonus une odeur pestilentielle pour la Chine! Les coutumes ne sont pas toujours faciles a integrer: en Inde, il suffit de s'accroupir dans le canivaux en se cachant dans les multiples plis de son sari alors qu'en Mongolie c'est encore plus simple, il semblerait que le "pudique" n'ait pas encore atteint cette contree du globe: c'est tout le monde la fesse a l'air. Je n'ai pas encore parle du jet d'eau qui remplace le papier en Inde et en Iran, c'est effectivement tres ecologique pour ceux qui aiment rester avec l'arriere train mouille toute la journee! Les voyages en bus sont notre pire calvaire car les pauses sont rarissimes et souvent dans les endroits les plus incongrus (cf photo ci-dessus).


Les maux...petites douleurs furtives, fievres passageres, crampes aigues, orgelets et gersures... Manque d'hygiene et fatigue, chaleurs extremes et froids glaciaux, secheresse et humidite...cycles sans reperes et inconfort de l'inconnu. Maux de tete lancinants, sournois, stridents, agressants, nerveux... Angoisse... Acne post-juvenile, reflet des lourds fardeaux que l'on porte! Somatisations de l'inconscient en derive. Le corps s'exprime dans tous ses eclats! A defaut de confort, seul l'esprit qui se renforce nous guide.


La pollution, le bruit...agressions de notre temps. Le monde s'agite, s'accelere et nous echappe completement. L'homme est incapable d'integrer la vitesse a laquelle il evolue. C'est affolant, vertigineux. Quand seulement les ames se rencontrent au millieu de cette pagaille, la terre retrouve un petit lopin fertile. Quel combat de devenir qulequ'un, un citoyen du monde!

Langues.... musiques fascinantes porteuses des sons de chaque culture mais aussi barrieres de l'echange, sources d'incomprehension, risques de superficialite... Les mots sont de petites parcelles qui nous relient, un instant, deux instants, trois instants jusqu'a ce que les differences ou l'ignorance nous fassent reculer... Irritation, agacement, rejet... Il n'y a pas qu'une seule pensee, plusieurs verites, aucune egalite! Difficile a accepter!


Les sacs... mon dieu, j aimerais ne plus en entendre parler! Cela fait 6 mois que nous croulons quotidiennement sous leur poids non negligeable. Je n'omettrai pas de parler de leur contenu qui m'horripile encore plus a vrai dire. Memes chausettes, memes pantalons, memes culottes et memes chemises dont l'aspect se deteriore considerablement au fil des jours! Sentiment d'etre prisonniers dans nos haillons... La trousse de secours s'allege pour le plus grand bonheur de Raphael et deviens un fourbi de melange de tablettes et de poudres de medicaments concasses. Les instruments de musique se fissurent souffrant des climats trop extremes. Tous ces petits objets, devenus trop familiers, jonchent la plupart du temps le parterre de nos chambres sans trop de preocupation decorative.
Tiens, les chambres, parlons-en!!!!! Qui donc aurait un souci d'amenagement interieur alors que les murs s'ecaillent en laissant tomber des bouts de platrats sur les tapis empoussieres qui ont tous vire au noir au fil des annees. Les rideaux de grand mere desuets n'ont d'egale que les naperons denteles en plastique qui ornent les tables de nuits rouillees. Sans oublier la presence de petits animaux de compagnie (jusqu ici: rats et autres rongeurs, cafards, araignees poilues, moustiques en hordes, cameleons oui oui). Heureusement les lessives a la main nous fournissent quelques banderoles multicolores qui apportent a nos chambres un charme sympathique de fete et de bonne humeur.


Etres humains...nous ne naissons pas egaux !! Classes sans noms et corps meurtris sans forme. L'identite s'echappe et disparait comme un vieu dechet. La dignite n'existe plus et la survie est tout ce qu'il reste... Rejet de la normalite... Des regards de l'enfance versent des larmes de detresse, d'incomprehension, de supplication! L'oppulence pose son posterieur gigantesque en niant totalement ceux qu'elle est en train d'etouffer.
Contrastes, contraires, extremes d'une violence revoltante.
Il existe pourtant une voie et existance mediane mais plus rare et precieuse, porteuse d'equilibre et de moderation, de recul et de reflexion, peut etre parfois d'oubli de soi... Ahhh... si nous pouvions etre fidele a ce petit sentier sans etre sans cesse eblouis par les reflets miroitants de la tentation.

Nathalie.

22 février, 2006










UN PETIT TOUR EN IRAN - 22 fevrier - 4 mars 2006

Legendes des photos:
1 - Mosquee du Shaykh Lotfollah, sur la grande place royale d'Ispahan
2 - Le pont Khaju (periode safavide, 16eme s.) sur la riviere Zayandeh, Ispahan
3 - Bozorg-e Bazar, le grand bazar d'Ispahan
4 - La mosquee de l'imam
5, 7 et 8 - ancien village en terre de Kharanak, pres de Yazd
6 - Fumette de narghile (Qalian) dans une tchaikhane (maison de the)
8 (en medaillon) - mosaiques de la mosquee de l'imam, Yazd

Les reactions toujours assez tranchees lorsque nous annoncons a nos amis que nous allons en Iran, se resument a cela:
-"l'Iran...(gloups), vous etes completement fous!"
-"quelle chance, quel beau pays..."

Notre presence dans ce pays s'est trouve au moment le plus tendu de l'affaire des caricatures, il etait donc comprehensible que certaines personnes aient eu quelques craintes, au vu des images d'emeutes soigneusement selectionnees et diffusees en boucle sur vos journaux televises...

La beaute des villes et des paysages ne s'en est pas trouve modifiee, et ce cinquieme sejour en Iran pour ma part, m'a permis de confirmer ce que je pensais depuis quelques annees deja: l'Iran est un des plus beaux pays du monde!

L'Iran. Quel nom si peu evocateur...
Alors que le mot Perse nous deverse
Un flot de paresses enfumees
Vestiges d'une grandeur passee
Ou les mosquees decorees
N'ont d'egal en grandeur
Que la finesse de leur couleur.

Les batisses d'antan
Dessinent au present
Les villes ou se melent
Voiles, rebelles,
Et odeurs de safran.

Le carre d'une belle
Prend le vent, des ailes,
Son sourire nous projette
Sur la tombe du poete.

Les ponts d'Ispahan
Offrent au passant
Niches et caches ou chacun
Pioche dans le regard du voisin.


Malheur et tristesses lorsque nous perdons toutes nos photos dans un cafe internet de Yazd...
peut-etre plus de 500 cliches numerises, d'Inde et d'Iran,
parties en fumee dans les odeurs de narghile!
Quelques cartes postales nous aident a recomposer les images envolees.
Sauriez-vous les retrouver?

Raphael.

13 février, 2006


A RARE CONCERT OF INDIAN MUSIC - 11 fevrier 2006

Alors que nous etions sur le point de quitter l'Inde, quelques personnes ou amis nous demandaient parfois quels avaient ete nos contacts avec la musique indienne, les echanges avec les musiciens de ce pays: peu nombreux malheureusement. Nous nous appretions donc a quitter le pays avec le sentiment d'avoir passe la plupart du temps a courrir d'un bout a l'autre du sous-contienent indien, d'une ambassade a une alliance francaise, et d'un ashram a une ecole de quartier... Qu'importait finalement, l'echange avait pu s'effectuer d'une autre facon, et la vie nous donnerait surement l'occasion de revenir en Inde...

Arrives a Bombay quelques jours avant de prendre notre avion pour l'Iran, nous risquions notre derniere chance d'assister a un concert de musique classique indienne. Dans cette ville de plus de 15 millions d'habitants, capitale culturelle sinon economique, le poisson ne devait pas etre trop difficile a pecher. L'hotesse du bureau Iran Air nous renseigna gentiment sur les differentes salles de concert dans lesquelles nous serions susceptibles de pouvoir glaner quelques ragas... Puis nous mit une drole de puce a l'oreille... "il devrait y avoir Ravi Shankar dans les parages pour un concert a Bombay, peut-etre ce soir, a moins que ce fut samedi dernier..."

Ce genre de puce ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd... nous achetons sur le champ les journaux anglophones, le Bombay Times, the Asian Age, dans l'espoir d'obtenir quelques informations dans les pages culturelles. L'une d'elles est formelle: il s'agit bien d'un concert de Ravi Shankar, accompagne de sa fille Anoushka et de Zakir Hussain (le plus grand joueur de tabla me souffle alors Nathalie).

Je passe ici sous silence les moultes demarches pour tenter de localiser la salle de concert et d'en trouver les coordonnees, pour finalement apprendre sans grande surprise que le concert est SOLD OUT. Pensez-vous, quand un elephant rencontre un mammouth, ca fait du bruit... ce genre de rencontre au sommet ne passe pas inapercue, la presse ne se privant pas de rappeler que leur dernier concert remonte a 16 ans...

Nous decidons donc de tenter le tout pour le tout (la force magique du tour du monde aidant): les quelques quarts d'heure de train de banlieue, entasses parmi une foule d'indiens qui regagnent leur domicile (et quelques mains pelotteuses), ne nous arreterons pas! La salle de concert est loin de la gare, et lorsque nous la trouvons enfin, le malabar qui en garde la porte d'entree est formel: "plus de place on vous a pourtant dit!" Nous prenons donc notre mal en patience, mais l'espoir s'amenuise au fur et a mesure des personnes qui entrent. Elles possedent toutes leur ticket, et pas meme l'ombre d'une billeterie pour pleurnicher... Je pense un instant tenter le coup du "je suis un ami de Ravi", mais quelque chose me dit que je ne serais pas vraiment credible... Quelques billets se revendent bien a la sauvette ici ou la... mais l'assurance et la rapidite d'agir nous font defaut face aux rapaces qui rodent a l'affut du moindre bout de papier qui depasse.

L'heure du concert passee, nos regards perdus plongent dans la nuit tombee, l'ame en boudouliere, plus d'espoir, c'etait cuit d'avance.

Lorsqu'un jeune gomine surgit de nulle part, le portable a l'oreille, un clin d'oeil au malabar et un eventail de quelques derniers billets a la main. Il est litteralement assailli par une quinzaine de personnes qui seraient prets a tuer pere et mere pour lui extorquer un seul de ces bouts de papier. Pour une raison qui nous est restee obscure, le gomine ecarte la foule pour me proposer les deux premiers billets...

Le reve commence alors, avec le sentiment jouissif d'etre la ou il faut etre, au bon moment. La salle, deja eteinte, immense, contient plusieurs milliers d'indiens. Nous nous faufilons a nos places, tout en haut, n'en croyant toujours pas nos yeux, nos oreilles bientot.

Le concert indien est un evenement socio-culturel multi-dimensionel. Par dela la fascination que peut susciter la musique indienne, il est tres emouvant d'etre temoin d'un tel evenement. Le peuple indien vibre a l'unisson pour ses musiciens. Il chante, tape des mains, ponctuant les ragas des temps forts de ces mesures impairs abracadabrantes. Et lorsque que l'un des musiciens realise une belle cabrille (c'est a dire retombe sur ses pieds au debut du raga), la jouissance est largement partagee, la salle est aux anges, les gens applaudissent, rient aux eclats, acclament leurs idoles. Le son est degueulasse, l'amplification douteuse, des derniers rangs ou nous sommes, on ne voit quasi rien. Qu'importe, l'onde se propage a la vitesse du son, le corps humain est conducteur de cette grace de la musique, la salle ne fait plus qu'un dans ce dialogue intime avec la musique. L'emotion donne le vertige.

A plusieurs moments de la soiree, alors que j'ecoute attentivement le discours musical dans l'espoir d'en percer un des secrets, je me fait surprendre par un gloussement de satisfaction qui emane de la salle entiere... Je n'y vois que du feu, n'y comprend que d'alle, mais me laisse porter par cette extase collective. C'est du bonheur qu'on est en train de diffuser largement, a coup de clins d'oeil musicaux... Le rapport que le musicien entretient avec la musique est tout autre que celui que l'on connait en Europe. Ici, l'idee "d'interpretation" qui met en avant l'ego d'un artiste ne semble pas exister. Les musiciens et le public "sont" la musique au moment ou elle se cree. Si seulement elle se cree... Car la musique finalement n'a pas besoin du musicien pour la creer mais pour la reveler. La musique precede le musicien et existe avant lui, sans lui.

Lors du dernier raga, et apres que le tabliste a eloigne son micro qu'il jugeait peut-etre trop infidel, la salle peste: des jurons, des rales et des cris se projettent dans l'espace vide en direction du tabliste. Tabla! tabla! tabla! Les musiciens s'arretent net en plein milieu d'une phrase musicale, les deux parties s'expliquent, semblent presque negocier la distance adequate du micro, puis la musique reprend avec une meme intensite, face a un contentement largement exprime dans une pluie d'applaudissements et de hourras... Nous sommes estomaques!

La musique, n'est visiblement pas affectee une seconde de cette interruption: elle semble ne pas s'etre arretee un instant et continuait son court de son cote. Tel le courant electrique qui alimente une lampe est constamment present dans la prise, la lampe joue le meme role que celui du public et des musiciens: elle est son revelateur. Alors qu'elle brillait avec eclat avant qu'on la debranche un instant, elle brille avec le meme eclat lorsqu'on la rallume...

Raphael.








GOKARNA - fevrier 2006

Gokarna, petit village du Karnataka, est une tranquille petite bourgade qui respire l'Inde profonde, spirituelle et coloree. Un des lieux les plus sacres de l'Inde du sud, il drene un interessant meli-melgame de pelerins hindous, d'amateurs de plages, d'erudits sanskrits ou de veritables hippies... De petites plages tranquilles a quelques foulees du village offrent des paysages de cartes postales, les babas enfumes fournissent pour quelques heures la musique de fond (tam-tams et didjeridoos... ), et quelques animaux mentionnes dans notre bestiaire donnent la touche finale a ce decor bigare.

N'en deplaise a nos genereux sponsors et autres partenaires culturels, c'est bien pour la formule "doigts de pied en eventail" (option cocotiers et payotte en bambou) que nous avons opte pour notre derniere semaine en Inde. Au programme de la matinee:
-cours de Yoga sur la plage voisine pour les femmes,
-footing et chi-gong en compagnie des dauphins pour les hommes,
et tout le monde se retrouve l'apres-midi pour enchainer siestes, baignades, ateliers intensifs de lecture et ecriture en attendant calmement le spectacle offert chaque soir de l'astre qui se couche dans le lit de l'ocean.

Raphael et Nathalie.

09 février, 2006

QUELQUES CLAVIERS POUR L'INDE - decembre 2005, janvier 2006

Vous vous demanderez peut-etre pourquoi je ne parle pas ici de mon attirail flutistique. Il faut dire que mon sort ne me laisse aucun inprevu, je transporte toujours ce meme fagot de quelques bouts de bois avec lesquels je jongle d'une piece a l'autre lors de nos concerts.
Plus difficile pour mon loulou qui doit la plupart du temps se rabattre sur son ukulele-renaissance qu'il maitrise d'ailleurs de mieux en mieux (il se lance maintenant dans d'interminables preludes non mesures en adoptant une moue de toreador inspire). Cependant, l'Inde nous a reserve de belles surprises en lui offrant la possibilite de reprendre contact avec quelques claviers. Les exemples ci-dessous, dignes d'etre mentionnes, vous temoignent de leur diversite.

photo 1: Ce magnifique synthetiseur Casio 5 octaves a fait le voyage depuis la Belgique pour accompagner la chorale du Brabant-Wallon lors de notre tournee a Delhi et au Rhajastan. Raphael et Chacha se sont partage les manettes de cet instrument tout terrain en alternant des pieces de Rossini, Celine Dion, Purcell, Gospels et quelques chants de noel. Alors que Chacha a eu beaucoup de mal a retrouver la sonorite perlee de son Steinway (voyez les encouragements de son fils), Raf par contre s'en est donne a coeur joie dans les pieces Jazz: glissandos par-la, gamettes par-ci, septiemes mineures et neuviemes diminuees, blue-notes et trilles interminables. Bref tout en retenue comme d'habitude!


Photo 2: Lorsque nous avons ete menes au clavecin (Sassman 1970, copie Pleyel) du National Center for Performing Arts, sur lequel Raphael etait sense assurer le concert a Bombay, mes yeux ont fait un tour complet dans leur orbite! A la vue de ce mastodonte, j'ai bien cru qu'il y avait une confusion sur le type d'instrument: un veritable char d'assaut insubmersible en contreplaque a 7 pedales!! C'est seulement lorsque Raf met les mains dessus emettant une cacophonie de feraillerie que je comprend qu'il s'agit bien de la famille des cordes pincees. La secretaire de l'alliance francaise, pincee elle aussi, observe notre reaction du coin de l'oeil, un peu tendue...
Raf me souffle a l'oreille: "ca n'ira jamais..."
Je lui reponds discretement: "gardons notre calme, on en a deja vu d'autre!".

C'est avec du temps, beaucoup de patience et tout de meme quelques rales et jurons (ne romancons pas non plus) que Raf a reussi a lui redonner une petite beaute sonore. Les "do" sont restes capricieux cependant et par manque de chance, sa seule piece en solo etait en do mineur, donnant un effet gruyere a la fantaisie de Bach, comme un orgue de barbarie auquel il manquerait une dent!

photo 3: Pitanga, salle de yoga dans ses jours de routine, se transforme d'un tour de bras et apres quelques coups de fils en une magnifique salle de concert a l'accoustique de reve. Les projecteurs s'allument, les gerbes florales surgissent du plancher, les petites bougies poussent comme des champignons, un piano a queue sort de sa cachette, les aurovilliens affluent finalement en masse de la dense foret noire pour remplir l'espace plein a craquer. Les conditions ideales reunies pour une inspiration maximale, en temoigne le poignet pivotant de Raphael. Quel drole d'endroit qu'Auroville!

photo 4: Ce clavecin construit par Hendrik Bouman semble respecter davantage les canons actuels. Si vous avez le courage de faire un petit zoom sur son couvercle, vous y pecevrez cependant une touche tres orientale! Elephants et divinites indiennes sous les palmiers... L'instrument, embarque un temps sur un bateau, a connu les pires tempetes avant de venir s'echouer sur les cotes de Pondichery. L'histoire est surement digne des clavecins amenes par les jesuites a la cour de Kangxi en Chine.

photo 5: C'est un peu tard que nous vous presentons l'instrument de notre travail quotidien. C'est bel et bien avec cette languette amovible et enroulable en caoutchouc que nous repetons, des heures durant, sonates de Bach, Corelli, Haendel. Cette technologie japonaise made in China nous permet de travailler dans les lieux les plus incongrus: halls de gare, trains, chambres d'hotels, plages parfois... Il offre une palette sonore des plus variees (100 sons) allant des percussions huttues aux gamelans micronesiens, mais pas la moindre trace d'un son de clavecin! Qu'a cela ne tienne: a cheval donne, on ne regarde pas les dents, et au point ou on en est, Haendel a deja fait des quadruples vrilles dans sa tombe!

Nathalie.

08 février, 2006

LE BESTIAIRE INDIEN - lettre a Thomas Yvrard

La vache, qui est ici sacree. Elle ouvre le bal des animaux, se dandine inocemment a chaque coin de rue. Ce matin c'est elle qui m'a reveille avec des vocalises qui n'ont rien a envier a celles des chiens pleureurs. Certaines especes, en temoigne la photo ci-dessous, semblent etre croisees avec les elephants...



Les singes. Ils peuplent les montagnes, ils peuplent certaines villes. Croises au detour d'un chemin, en allant remplir nos bouteilles a la source, ils nous font la grimace et brandissent leur queue comme le baton d'un eveque.


Les moustiques, omnipresents dans tout le sud de l'Inde et parfois gros comme des camions. Ils m'ont fait l'amabilite de se concentrer exclusivement sur Nathalie qui enrage nuits apres nuits et troque chaque jour notre moustiquaire contre une plus epaisse et plus resistante. Nous dormions ces derniers temps dans un cube bunkerise. Il faut dire que certains soirs, les moustiques se transforment en rats.

Les dauphins exhibent leurs flancs lisses au lever du jour, dit-on. Je les ai vu un matin, peau de chagrin, ils foncaient droit sur les rochers. C'etait il y a quatre jours. Je les guette depuis, lors de mon footing quotidien. Rien. Je releve pour eux la tete apres chaque ligne ecrite. Ils sont peut-etre morts, suicides.

Les chiens sont la plaie de l'Inde. Livres a eux-memes, ils se sont constitue une societe parallele. Ils n'ont plus besoin de nous , les bougres! La moitie de la population canine a la rage, l'autre a la gale. Une troisieme moitie cumule potentiellement toutes les autres maladies imaginables aux noms effrayants (dangue, peste, merule). Ils sont degeneres. Ils passent une bonne partie de la journee a tenter de s'accoupler et l'autre a se bouffer jusqu'au sang.

Les cafards sont les insectes les plus fiables. On peut toujours compter sur leur presence dans les salles de bain des chambres d'hotel. Tres bons indicateurs, ils renseignent fidelement sur le standing et le nombre d'etoiles d'un hotel, ramenant a leur juste valeur certains etablissements a l'amenagement kitsch et quelques fois trompeur. Si leur taille varie de l'ongle d'un pouce jusqu'au dos d'une cuillere, leur couleur est quasiment toujours identique, a l'exception d'un drole de specimen noir tachete de jaune que nous avons croise l'autre jour dans nos draps.

Le tigre est l'attrape touriste des reserves naturelles. Ses apparitions sont aussi rares que celle de la comete, et les seuls endroits ou il trone sont les cartes postales ou il apparait comme l'embleme de l'Inde, ainsi que les fresques murales des restaurants touristiques bordant les reserves. 36 dans telle reserve, 40 dans telle autre, ils seraient pres 4000 en Inde, chiffre qui fait booster le fond de commerce des safaris. Mais dans la lunette, une chouette!

L'elephant est le vrai roi des animaux. Imposant et souverain, il met tout de suite tout le monde d'accord, races et religions confondues. Sa stature et sa noble demarche lui confere respectabilite. Son doux regard attire la compassion et te le met immediatement dans la poche malgre la trompe impossible et monstrueuse.


Il faut encore, pour tendre vers l'exhaustivite, mentionner a la volee quelques autres zoulous, hurluberlus, une poignee de zouaves et de papous, quelques hindous en sadous, 2-3 hippies par-ci, autant de babas par-la. Betes curieuses a poils ou droles d'especes a plumes, ils sillonent les routes de l'Inde, entre cabots rejetes et vaches sacrees, gagnant leur place dans ce bestiaire.

Fait de beaux reves,

tu nous manques.

Raphael.

06 février, 2006






UN QUATUOR DE FLUTISTES INDIENS - janvier 2006
Legende des photos ci-dessus:
1 - concert a l'ashram (Pastorale de Corelli)
2 - Anne-marie Paillard, camescope en main, et Mme de Blique, fondatrice du Volontariat
3 - seance de travail au show-room du Volontariat
4 - Galette des Rois chez Anne-Marie Paillard
5 - animation dans une ecole du quartier
6 - repetitions du quintet

La rencontre de ces musiciens et le projet de travailler avec eux s'annoncait comme un des moments forts de notre voyage. Rendez-vous compte, quatre jeunes flutistes a bec au fin fond de l'Asie, qui jouent du repertoire baroque europeen et n'attendent qu'une seule chose, des cours de flute! On se sentait donc cette fois-ci vraiment utiles et attendus. C'est Sebastien Marq, professeur de flute a bec au conservatoire de La Haye, qui nous avait parle de son amie Anne-Marie Paillard et de ses eleves flutiste de Pondichery (nous le remercions ici de nous avoir investi de cette belle mission). Les presentations faites, le contact etabli et quelques echanges d'e-mails pour preciser des dates, il ne restait plus qu'a attendre patiemment le moment venu...

La premiere rencontre est pleine de pudeur, tout le monde un peu intimide par cette longue attente mutuelle. D'autant plus que Anne-Marie, hospitalisee a Madras, n'est pas presente la premiere semaine. Chacun fait un pas vers l'autre, et se decouvre doucement. Nathalie me demande de la laisser seule donner le premier cours au deux flutistes. Puis vient le tour des deux autres le lendemain. Je commence alors progressivement a (perdre patience et) montrer le bout de mon nez, lorsque la gene des premiers pas cede la place a davantage de confiance.

Nous sommes tout de suite impressionnes par leur niveau et surtout par leur aptitude a reagir tout de suite, avec une flexibilte et des capacites d'adaption qui feraient rougir plus d'un professeur en Europe. Bravo a Anne-Marie pour le beau travail... impressionnant de constater que ces quatre garcons tamouls manient les pieces de leur repertoire avec autant de gout et de bonnes bases technique... Seul le cours delai qui nous est imparti pose probleme, et nous realiserons tres vite qu'il sera necessaire de revenir, changeant notre itineraire et nos plans en Inde pour realiser un travail plus approfondi avec eux. Lors du dernier cours et avant de nous absenter une semaine a Bombay, Nathalie a la bonne idee de choisir une piece a jouer tous ensemble, et tres vite germe l'idee d'un vaste programme autour de Corelli a proposer a l'ashram, avec un arrangement d'un mouvement de concerto joue par le quintet de flutistes, le clavecin d'Hendrik pour quelques sonates et peut-etre une de ses compos dans le gout Corellien, les sonates de Pedrini ramenees de Pekin, une Follia avec double continuo (l'ashram reclamait de la guitare!), bref un joyeux bazar fourre-tout et peut-etre legerement ambitieux. C'etait sans compter les quelques raideurs institutionnelles evoques ci-avant (ou ci-dessous dans le texte "les chapelles de Pondichery"): ne joue pas qui veut a l'ashram, et on nous fait gentiment prendre conscience du privilege d'avoir ete "choisis"...

Qu'a cela ne tienne, nous ne transigerons pas, le concert sera avec le quatuor ou ne sera pas. La pastorale de Corelli, dont la partition scannee nous avait ete prealablement envoye de France (merci a Laurence et Philippe) prend vite forme, et au bout de la deuxieme semaine de travail, les portes s'ouvrent dans une joyeuse ambiance de galette des rois. Concert-presentation a l'ashram, suivi le lendemain d'une animation dans l'ecole Sathyalayam (quartier des lepreux), ou les garcons nous servent d'interpretes. Tout juste le temps de croquer dans la galette entre les deux concerts. Tout cela donne un tout petit gout de tournee pondicherienne! A l'issue de l'animation, les enseignants de l'ecole s'entretiennent avec eux en vue de les employer comme professeurs de flute...
Le dernier jour passe avec eux nous servira a leur donner des derniers conseils, et reflechir ensemble sur ce que "musicien professionnel" peut signifier.

Le temps a joue en notre faveur cette fois-ci, et nous avons note cet heureux concours de circonstance d'avoir eu l'opportunite de les faire jouer avec nous lors des animations.
Un proverbe asiatique souvent cite par notre amie Yuko donnera la note finale:
"il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous..."

Raphael et Nathalie.










LES CHAPELLES DE PONDICHERY - janvier 2006
Legendes des photos:
1 - Benediction de l'elephant devant le temple dedie a Ganesh
2 - Front de mer, "beach road" ou "promenade des francais"
3 - parties de petanque en centre-ville
4 - le Matrimandir d'Auroville, salle de meditation
5 - les "gongs" d'Auroville attendent d'etre replaces sur le toit du Matrimandir
6 - concert dans la salle Pitanga d'Auroville
7 et 8 - animations dans les ecoles de l'ashram de Sri Aurobindo
9 - animation dans l'ecole du quartier des lepreux
10 - avec la famille Bouman et le clavecin construit par Hendrik
11 - eglise de l'immaculee conception, Pondichery


Pondichery ou le "panier de crabes"
Pondichery ou le "nid de viperes"
Pondichery ou le "grand echiquier"...

Autant de sous-titres possibles qui vous donnent une idee de l'ambiance qui regne sur cette terre chargee d'histoire... (http://www.pondichery.com/french/histoire/). Dernier comptoir francais en Inde et ce jusqu'en 1954, cette petite bourgade de province offre un charme tout particulier, et bien different du reste du pays.
Ici, les noms des rues sont ecrits aussi en francais, la promenade des anglais s'appelle promenade des francais, les papys indiens tirent ou pointent le cochonet sur la place du village, les restos proposent tous une carte francophone dans laquelle le filet de boeuf a l'echalotte cotoie la terrine de lapin, et nombre de batiments ou institutions temoignent encore de ce passe colonialiste.
Autant vous dire qu'apres plus de quatre mois de voyage en Asie, le decor n'est pas deplaisant, la terrine est bienvenue, et vas-y aussi pour le steack. A peine le temps de nous refaire une sante et de donner un premier concert a l'alliance francaise, nous voici vite projettes dans ce grand echiquier dont nous vous parlions. Cette petite ville abrite autant d'institutions qui se regardent de travers, se rejettent ou se convoitent, s'influencent ou se detestent. Chacune d'elles est presente lors de ce premier concert, nous offrant du coup la possibilite de donner trois concerts supplementaires, et nous decidant donc a ramener nos pions une fois remplis nos engagements a Bombay.

Dans le role du roi, Sri Aurobindo, sans contexte. Ce sage-penseur-gourou comme l'Inde en compte beaucoup a fait ses etudes en angleterre pour venir ensuite precher une spiritualite qui se veut etre une synthese des deux cultures, hindouiste-traditionnaliste et occidentale-moderniste.

La dame se faisait appeler "la mere", une francaise qui l'a rejoint dans les annees 50 ou peut-etre meme avant, et qui l'a aide a fonder l'ashram. Tous deux sont maintenant morts et reposent dans un samadhi, un tombeau transforme en sanctuaire sur lequel viennent mediter nombres d'indiens ou d'occidentaux. L'ashram possede bien la moitie de la "ville blanche", les portraits "royaux" habillent les murs de toutes les maisons de la ville, ornent les commerces et encombrent les chambres d'hotels.

Le couple royal a fait des petits, attribuons-leur les fous puisque les pieces sont la... Ils se crepent joyeusement le chignon a Auroville, un site tout a fait etonnant a quelques kilometres de Pondi. Auroville, la "cite de l'aurore" (nous ne nous risquerons pas au jeu de mots), est une ville idealiste (utopiste?) insufflee par "la Mere". En 68, des representants de 120 pays deposent symboliquement un peu de leur terre dans une urne, et construisent dans le desert de sable rouge une cite de "l'eternelle jeunesse" ou fraternite, harmonie et progres sont les maitres-mots guidant la conception du site. Aujourd'hui quelques milliers d'habitants disperses dans plusieurs villages forment differentes communautes, artistiques, agricoles, educatives...

Le role du cavalier revient a Hendrik Bouman. Etonnante rencontre que celle de ce gentleman hollandais, claveciniste eleve de Koopman a Amsterdam, qui fut pilier de Musica Antiqua Koln a ses debuts, avant de choisir de prendre le large. Apres avoir galope a travers differents pays et modes de vie, (Allemagne, Inde, France, Canada, tournees de concerts, retraite en Italie avant une annee sur un bateau avec femme et enfants), il semble s'etre pose pour un temps a Pondi, entre ashram et Auroville, pour se consacrer a ses compositions dans le style baroque. Le clavecin qu'il a construit est bien la, les bagages qui les suivent avec un pays de retard arriveront bientot, dans un an peut-etre, a moins qu'ils ne decident subitement de reprendre le large...

Ils manquerait encore beaucoup de pions pour habiller les nombreuses autres institutions qui regnent a Pondi. Associations, ONG, missions catholiques, benevolat ou volontariat qui ont jete l'ancre ici - tous pour la meme cause mais utilisant des mots, des armes, des religions, et des moyens differents - donnent a la ville une diversite source de richesses autant que de conflits.

Dans ce joyeux desordre et ces querelles de chapelles, l'alliance francaise se pose en arbitre. Neutre et du haut de sa tour, son directeur se garde bien d'afficher une couleur autre que celle de la laicite pluriculturelle. Et c'est tant mieux! L'accueil qu'il nous a reserve et le concert dans l'auditorium font partie des bons moments de Pondichery.

Pendant la quinzaine de jours que totalisent nos deux sejours, nous avons donc deplace nos pions d'un bout a l'autre du carre, se donnant -naivement- la mission d'harmoniser l'espace de jeu, pour finalement choisir (sagesse?) de reculer nos pions, retrouver pour le dernier concert l'espace neutre, la page blanche ou le disque vierge dans laquelle la musique s'epanouit le mieux, n'acceptant aucun compromis ni aucune ambiguite.

Raphael et Nathalie.


23 janvier, 2006





VOYAGER PAR LA LECTURE
Si l'envie vous prend parfois de nous rejoindre, mais si le temps ou l'argent vous manque pour le faire (et meme si vous n'avez pas de bonnes raisons pour ne pas le faire), voici quelques livres qui pourront, a defaut et par la pensee, vous aider a nous accompagner. Ils constituent ou ont constitue notre petite bibliotheque ambulante, accompagnant nos longues heures de train pour de petites retraites silencieuses. Il est peut-etre utile de signaler que ces livres ont ete lus presque toujours avec un train de retard. Ainsi, un livre sur la peinture chinoise a ete mieux compris apres coup en Inde, ou encore, je lis actuellement les pages de l'"usage du monde" concernant l'Iran, pour mieux m'y preparer. De cette meme facon, Nathalie couche sur papier depuis le debut du tour une synthese de l'histoire de chaque pays, ecrivant l'histoire du Japon en Chine, et celle de Chine en Inde. Si je n'ai pas encore ete bien compris, une formule qui mettra tout le monde d'accord: "ce n'est pas lorsqu'on a le nez dans le caca qu'on va lire un livre sur le caca"... Mais personne n'en est la, et vous pouvez lire tous ces livres en toute tranquilite.

LES IDENTITES MEURTRIERES D'Amin Maalouf.
Ce livre nous a ete offert par Philippe et Rita, avant notre depart. Nous l'avons tous les deux beaucoup apprecie, differement! Cet essai ecrit par un francais d'origine libanaise propose une analyse pleine de finesse et de temperament de la societe d'aujourd'hui, decortique patiemment les differents conflits identitaires de notre epoque, les mettant en regard -pour mieux les pacifier- avec d'autres du passe. Le phenomene de mondialistation est largement traite en deuxieme partie. Pour nous qui sommes tres souvent confronte a cette question cette annee lors de nos rencontres avec d'autres musiciens, et alors que la menace d'une world music tend a englober ("sampler") differentes musiques traditionelles, le regard que pose l'auteur sur ce point est tres interessant, sans proposer de reponse toute faite ou de jugement trop arrete, il invite a la conscience par la reflexion, entre confiance et vigilence.
livre de poche, ed. Grasset, 189 p.

LE MANDARIN BLANC de Philippe Baudouin
Piece maitresse de nos investigations pekinoises, ce livre retrace la vie deTeodorico Pedrini, claveciniste et compositeur italien, missionaire envoye par Rome a la cour de l'Empereur Kangxi au debut du XVIII siecle. Nous sommes d'abord parvenus a l'emprunter en nous abonnant a la mediatheque du Centre Culturel Francais de Pekin, avant de se le faire parvenir par Rita puis Laura qui nous l'a amene a Dehli. L'auteur nous fait suivre les perepities du long voyage de Pedrini, mobilisant10 annees de sa vie pour joindre Rome a Pekin, en passant par l'amerique latine puis les Philippines. Au recit du voyage suit celui de sa vie a la Cite Interdite: entre amours, complots et diverses influences. Ce livre se lit tres facilement, d'autant plus si l'on se decouvre quelques accointances avec la question... Ainsi, la deuxieme partie du livre lue en Inde ne faisait plus le meme effet (je me contredis!) que la premiere lue a Pekin. L'auteur qui signe ici son premier roman semble parfois s'etre soigneusement applique a rassembler tous les ingredients pour que la mayonnaise prenne. Alors pour ceux qui aime la mayo, plongez-y!
livre de poche, ed. Jean-Claude Lattes, 372 p.

L'ESPRIT DU ZEN de Alan Watts
Ecrit par un anglais a l'age de 21 ans, ce brillant essai fait semble-t-il autorite dans la difficile tache d'expliquer un art de vivre qui se dit inexplicable! L'auteur y presente les origines de ce mouvement de pensee oriental, importe au VIeme siecle par Bodhidharma d'Inde en Chine, et decrit les diverses étapes conduisant à la parfaite réalisation de soi (Satori). Pour tous ceux qui cherchent la Voie (Dao), s'interessent aux courants de pensee orientaux, tous les musiciens qui ont deja lu "Le Zen dans l'art chevaleresque du tir a l'arc", et tous les autres, nous vous le recommandons vivement!
"Un soir, il grimpa
Tout droit vers le pic solitaire
Entre deux nuages se revela la lune,
Alors, il rit de bon coeur!"
(poeme de Yao-shan)
Collection Points sagesses, Sa201, ed. Dangles

VIDE ET PLEIN - LE LANGAGE PICTURAL CHINOIS de Francois Cheng
Nous avons trouve ce livre, tout comme "l'esprit du Zen" dans la tres complete librairie "l'arbre du voyageur" du Centre Culturel Francais a Pekin. Du meme auteur (membre de l'academie francaise) m'avait ete offert "l'eternite n'est pas de trop", un tres beau conte chinois. Cet essai en trois courtes parties propose une introduction au langage pictural chinois, par le biais des notions du vide et du plein. Apres un bref passage en revue des differentes figures qui ont marque le mouvement de la peinture en Chine au cours des differentes dynasties, l'auteur analyse et explique avec de nombreux exemples la notion et l'utilisation du Vide. Enfin, il s'attache plus particulierement a la personnalite du peintre Shih-t'ao, (qui vecut en plein dans notre periode baroque), mettant en valeur l'influence determinante qu'il a eu sur ses successeurs. Inutile de preciser que la philosophie orientale repointe son nez (Confucius et Lao Tseu), et il ne faut pas necessairement etre porte sur la peinture pour que cette plongee dans le Vide -vertigineuse et passionante- fasse son effet.
collection points essais, ed. du Seuil, 150 p.

L'USAGE DU MONDE de Nicolas Bouvier
Chef-d'oeuvre du recit de voyage, ce livre nous avait ete recommande une bonne dizaine de fois avant notre depart. Effectivement, le plaisir que sa lecture procure est a la hauteur de sa reputation! Nicolas Bouvier est un auteur suisse, decede recemment, qui a conscacre sa vie aux voyages. Il decrit superbement sa traversee de l'Europe de l'est, de la Grece, de la Turquie puis de l'Iran (j'en suis la!), se delectant a decrire sous forme de lettres-etape autant de petites scenes et aventures de tous les jours glanees sur la route, des petites gens qui realisent de grands miracles, aux valses decadentes sur fond d'accordeon... Les recits ecrits dans un style grisant sont agrementes de quelques croquis realises par son compagnon -et peintre- de route, ce qui ne gache rien a la fete.
"Porte par le chant du moteur et le defilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous eclaircit la tete. Des idees qu'on hebergeait sans raison vous quittent ; d'autres au contraire s'ajustent et se font a vous comme les pierres au lit d'un torrent. Aucun besoin d'intervenir ; la route travaille pour vous. On souhaiterait qu'elle s'etende ainsi, en dispensant ses bons offices, non seulement jusqu'a l'extremite de l'Inde, mais plus loin encore, jusqu'a la mort."
Petite Bibliotheque Payot, coll. Voyageurs, 418 p.

LONELY PLANET
Cette bibliographie serait incomplete si nous ne mentionnions pas le celebre guide de voyage, communement surnome "The Bible" par tous les routards. Souvent plus objectif et detaille que son concurrent et non moins celebre "Guide duRoutard", LP est notre fidel compagnon de route, il nous renseigne sur telle ou telle minorite, nous trouve un hotel pas cher, ou encore nous indique ou trouver nos tickets de bus. On trouve ces guides dans les mains de quasiment tous les globe-trotteurs, et on se le procure tres facilement un peu partout (meme en Mongolie!). On a pourtant croise un couple de jeunots (avec 5 ans de plus, on se permet) qui faisait un tour du monde en trimballant 10 guides dans leur sac! Si vous voulez epater un peu la galerie, il est evidement de bon ton de se placer au-dessus du guide, et de balancer negligement: "pfff... y'a que des conneries ecrites la-dedans". On en a croise quelques uns comme ca...

19 janvier, 2006







UNE SOIREE CHEZ BACARDI
Legende des photos:
1 - L'hotel Taj Mahal de Bombay
2 - Jean-Jacques Goldman de la Renaissance
3 - cocktail glamour
4 et 5 - stars de Bollywood
6 (ci-contre) - Reine d'un soir...

La couleur est donnee lors de notre premiere entrevue avec Depak Bedi, "sales promotion manager" avec qui nous discutons dans le lounge de l'hotel des termes de notre engagement pour la soiree de lancement de la vodka francaise Grey Goose. Le decor feutre et l'atmosphere select nous offre, outre une vue victorienne sur la baie de Bombay, quelques rafraichissements dont seuls les prix nous effraient. Avant-gout d'une soiree prometteuse.

Le filon nous est refile par le directeur de l'alliance francaise de Bombay, dont Bacardi semble etre un partenaire financier important. La soiree Bacardi se passera dans la discotheque du Taj Mahal Hotel, etablissement luxueux construit en 1903 dans le pur style victorien, devenu veritable embleme de l'ere du Raj, l'empire britannique des Indes. Il y aurait le gratin de la creme, le top-end de Bombay -"that means top end of India"- et stars de Bollywood, la jet-set, les vedettes et tout le show-biz reunis. Oui mais voila, des stars de Bollywood (surnom donne a Bombay, capitale de l'industrie cinematographique la plus importante du monde), on n'en connait pas des masses. La seule soiree qu'il nous reste de libre entre notre concert et la bacardi-party nous servira a palier notre manque de culture generale indienne et tenter de memoriser les tetes qui defilent sur notre ecran-TV, apres avoir loue deux DVDs et commande deux spaghet'bolos au room-service de notre chambre d'hotel.

La discotheque insomnia de l'hotel doit se transformer en lounge (quel mot genial, prononcez la-onedge) avec un decor bacardisant de tous cotes: la creme du gratin evoluant dans un labyrinthe envoutant, decor savemment etudie: ecrans-tele diffusant en boucle des clips sur les volcans d'auvergne, on s'attendrait presque a voir debouller VGE (la vodka est censee venir de France), sofas en duvet de plume, fontaines de vodka et cocktails multicolores dans chaque recoin, eclairage tamise filtre par les bouteilles de Grey Goose hautes de 1 metre, buffet caviard et tartelettes-choco. A 21h00 petantes, alors que la soiree est censee commencer, les platriers encore la s'agittent dans tous les sens, les fils electriques pendent de partout, et de gigantesques morceaux de decor se deplacent d'un bout a l'autre de la boite de nuit dans un nuage de poussiere.

Qu'a cela ne tienne, au moment venu et pares de nos plus belles tenues de gala (nous avions du prealablement rassurer Deepak sur notre accoutrement, n'ayant rien d'intermediaire entre les loques-lambeaux de routards et la tenue de concert), nous prenons donc tres au serieux notre engagement de musiciens d'ambiance et respectons a la lettre les consignes du chef: musique genre un peu douce, background de fond easy-listening a tendance country francaise smooth (yes, very smooth) de 21h30 a 22h30, puis une demi-heure de musique un peu plus nerveuse avant que le DJ vienne prendre le relais a 23h00. Mais voila, apres s'etre egosille pendant plus de 3/4 d'heure, la copine filiforme et francophone du DJ vient nous voir par l'arriere de la scene et nous chuchotte discretement a l'oreille: "euh... si vous voulez vous pouvez vous reposer... il n'y a encore personne...". Trop habitues a ne laisser que quelques minutes d'indulgence a un public qui tarde a venir... "J'ai terriblement pitie de nous", me souffle alors Nathalie. La suite de la soiree se faisant de plus en plus decontractee, nous glissons doucement de la scene au buffet, puis du buffet au bar, sous l'oeil amuse de notre chef-promotion-manager, dont l'indulgence semble s'accroitre au fur et a mesure des cocktails ingurgites.

Cette soiree met fin a notre episode bombesque, au cours duquel nous avons evolue comme deux pachas dans le luxe et le confort sans complexe: il faut de tout pour faire un tour du monde, et nous reprendrons le lendemain nos 30 heures de train pour retrouver la faune autrement singuliere de Pondichery, encaques dans nos compartiments pouilleux, tellement loins des cremes et des gratins...

Raphael.

31 décembre, 2005













BULLE, CHACHA, TITI... & compagnie
Legendes des photos:
1 - Pause-photo devant le Taj Mahal, Agra
2 - Flutiste du temple des singes, Jaipur, Rajhastan
3 - repetition de la chorale au Raj Palace, Jaipur
4, 5, 6 - cours interieurs du Raj palace, Jaipur
7 - Laura, Nathalie et Michel en repetition
8 - champ de piments rouges sur la route de Ranthambore
9 - priere au Jamma Mashjid (Grande mosquee de Dehli)
10 - sur les marches de la mosquee
11 - Bulle, Chacha, Titi & compagnie... a Jaipur
12 - Jamma Mashjid, Dehli

Quelle joie de revoir enfin les trois frimousses familieres de Bulle (ma grande copine), Chacha (Patrick, son compagnon), et Titi (Antoine, leur fils) avancer dans le grand hall des arrivees de l'aeroport de Delhi. Les cris percants des retrouvailles ont certainement depasse en decibels ceux de tous les indiens reunis dans l'aeroport! Nous nous installons alors dans un hotel dans Paharganj (Delhi) pour nous remettre de nos emotions et feter nos retrouvailles dignement, avec un magnifique package "saint Nicolas" prepare par toute la famille De Bruyne: Nutella, chocotofs, deodorant, batons de bergers, saumon fume, danettes et barquettes, petits princes... bref, autant de saveurs que nous avions deja presque oubliees. La scene aurait pu etre idyllique si le tableau n'avait pas ete assombri par le bruit d'un marteau piqueur, en annoncant des milliers d'autres. He oui, nous sommes tombes sur un hotel en construction dont la specialite est d'offrir des petits dejeuners a la poussiere de platre, berces par une petite musique de fond de foreuse!

Nous rejoignons assez rapidement la chorale du Brabant-Wallon composee essentiellemnt d'adolescentes, qui derriere leurs visages d'"angelettes" cachent de fameux caracteres. Michel Keustermans (un ami flutiste de Belgique) qui assure la partie instrumentale du programme, nous a gentiment propose de venir le rejoindre et a meme compose une piece en trio specialement pour l'occasion.
Premiere destination: Jaipur, la ville des milles et une nuits qui brille par ses anciennes richesses. Les chateaux, palais et forts gigantesques nous replongent dans l'ere des maharajas et leurs existances fastueuses. C'est dans cette ville et son decor un peu feerique que nous animerons la soiree du nouvel an dans le Raj Palace (hotel luxueux appartenant a un riche commercant du marbre, apparente a la famille de l'ex-Maharadjah).
Cette soiree qui se profilait donc dans des conditions optimales n'a pas eu tout a fait la tournure qu'elle aurait du avoir. Il faut dire que les tensions entre la chef de choeur et Michel ne donnaient pas au projet un grande harmonie a la base mais en plus de tout, lors de notre prestation instrumentale, nous avons ete royalement coupes apres deux minuscules danses de la renaissance!!! "timing -soit disant- depasse". Nous avons donc remballe illico nos cliques et nos claques , repartant penauds de la scene avec tout notre attirail d'une vingtaine de flutes a bec, guitare et tambourins sous le bras. Nous avions pourtant prepare tangos, dixis et blues pour divertir au mieux le public. Il ne sauront jamais ce qu'ils ont rate!
Le reste de la soiree n'etait guere plus reussie!!! La sono etant reglee pour percer les tympans a vif, nous avons termine les festivites en petit comite reclus au sous sol dans la salle de repetitions, machouillant quelques chicken Massala, paneer tikka, raita et autres chapatis en provenance du gigantesque buffet... (cf photo 5). Je pense qu'on en rira toute notre vie de ce reveillon!


Nous avons decide pour une journee de nous joindre au groupe pour aller a Ranthambore, une reserve naturelle tres prisee pour ses safaris au tigre. SAFARI??????? mon oeil, un veritable traquenard jusqu'au bout! Des centaines de Jeep gigantesques (+/- 20 personnes) se suivent a la queue leu leu sur un chemin balise, les gens hurlent de joie a la moinde chouette, les pots d'echappement vrombissent. Comment voulez vous que le tigre ait envie de montrer meme un millimetre de son oreille dans un vacarme pareil!! On n'a vu que des cerfs et des echassiers. Bref , meme le Zoo d'Anvers est plus fourni.
Ceci nous a bien decide a reprendre les rennes du voyage. Et pourtant...PAF...nous sommes retombes dans le meme panneau a Agra pour la visite du Taj Mahal. Alors que le guide "Lonely planet" nous deconseillait formellement de nous rendre au Taj aux aurores a cette saison de l'annee, nous avons tout de meme suivi le groupe au petit matin (reveil 4h!) pour voir un Taj dans une brume grisatre monotone alors que nous aurions pu l'admirer au couche de soleil eclaire par des couleurs ocres. Un leger sentiment de deja vu... (cf Mont Fuji). Mais tout cela n'est pas bien grave car avec Bulle, Chacha et Titi, plus il y a de ratages, plus cela se termine en fous rires... Autant dire que comme chaque fois, ils etaient au rendez-vous.

Le deuxieme concert se deroulait dans la residence de l'ambassadeur de Belgique a Delhi. Bulle qui avait du manger un plat trop pimente la veille, Chacha, pour des raisons encore obscures, nous ont fait des crises de colliques, et des allers retours express aux toilettes en alternance pendant toute la repetition. Mais grace a la force magique de l'Immodium Instant, nous avons pu assurer le concert sans embuches. La rencontre de l'ambassadeur nous a particulierement touche. Il apprecie beaucoup la musique et organise regulierement des concerts dans son salon qui, grace a sa voute de 10m de haut, s'y prete particulierement bien. Au moment des aurevoirs, l'ambassadeur s'est livre de maniere tres naturelle en parlant de la difficulte du deracinement constant des diplomates; refaire son reseau d'amis, s'abituer a de nouveaux collegues, oublier de quel pays on vient, refaire sans cesse les bagages...Ce n'est pas tous les jours qu'un Ambassadeur nous parle de maniere si franche!

L'aventure commune touche malheureusement a sa fin et les separations imminantes, sont dechirantes. Un vide enorme s'empare de nous...La route est encore longue, quelle epreuve! Allons nous tenir le coup??


Nathalie.

26 décembre, 2005




LA MUSIQUE AU YUNNAN

Legendes des photos:
1 - Orchestre de "musique ancienne" de Lijiang
2 et 3 - Flutiste de l'ethnie Jinuo, Xishuanbanna
4 - Rencontre avec Wu Xueyuan a Kunming

Difficile de parler d'UNE musique du Yunnan, cette province du sud de la Chine, qui s'etend sur pres de 400 000 km2 (France 550 000 km2) et compte plus de 20 minorites differentes... a moins de passer trente annees de sa vie a ecumer les quatre coins de cette region du globe pour y recenser musiques et instruments. Un court sejour comme le notre permet, outre quelques rencontres inoubliables, de se faire une idee sur la question.

Notre sejour au Yunnan commence a Kunming, la capitale, avec la rencontre de Wu Xueyuan. Lors du rendez-vous qu'il nous donne a l'universite de musique et armes de la traditionnelle traductrice, il a la gentillesse d'accepter de repondre a nos questions et de guider nos recherches. En commencant les siennes sur les ethnies en 1964, Wu a l'avantage non negligeable d'avoir passe plus de quarante ans de sa vie a repertorier les differents instruments du Yunnan... C'est donc avec aisance et brio qu'il se lance dans l'inventaire des flutes droites de la province, dessins a l'appui. Nous repartons un peu deboussoles avec quelques noms sous le bras, qui pourraient tout aussi bien etre des noms d'oiseaux pour nous: Bie tsu, Bie bie, Zhi li, Le Katu... Ces quelques elements nous decident tout de meme a mettre le cap sur le sud et les terres tropicales du Xishuanbanna.

Comme l'explique Nathalie dans son texte sur Yilan, la musique est nulle part, la musique est partout. Nous avons beaucoup de mal a rencontrer des musiciens. Contrairement a la Mongolie ou au Japon, le statut de musicien n'existe pas en tant que tel, et lorsque nous parvenons a rencontrer un flutiste Jinuo (ethnie du Xishuanbanna), nous avons la chance qu'il ne soit pas au travail des champs aux abords de la ville. La rencontre se fait a une vitesse fulgurante: apres une joute flutistique et un partage des connaissances, Nathalie se fait offrir pour la troisieme fois une flute! (a quand mon clavecin...).

La seconde partie de notre sejour se passe plus au nord, dans les villes de Dali et finalement Lijiang. Nous avions repere cette destination allechante depuis plusieurs semaines deja, depuis l'acquisition du guide Lonely planet Chine (au japon). Celui-ci proposait un encart sur l'orchestre traditionnel Naxi de Lijiang, un orchestre qui restitue sous la direction du tres charismatique Xuan Ke des musiques des dynasties Han, Song et Tang, perdues partout ailleurs en Chine, et interpretees sur des instruments originaux (ce dont nous doutons fortement!). Avouons que presente comme cela a deux musiciens baroques vagabondant a la recherche d'echanges musicaux, l'hamecon est efficace! Mais les conseils des guides de voyages a gros tirages sont parfois a double tranchant, et l'orchestre -qui joue 364 jours par an!- propose un joyeux spectacle-pot-pourri a destination des touristes de passage.
Le peu de temps passe a Lijiang ne nous a pas laisse la possibilite d'approfondir le contact avec ces musiciens octogenaires, et peut-etre comprendre comment a ete constitue ce repertoire comprenant a la fois des chants tibetains, des musiques rituelles taoistes (les plus impressionnantes) et des musiques populaires Naxi. Peu importe, ce concert valait bien une messe de Noel, et nous avons mis de cote, le temps d'un instant, nos casquettes de musiciens vagabonds pour profitter pleinement des musiques qui nous ont ete offertes.

Raphael.

25 décembre, 2005











UN NOEL A LIJIANG

Legende des photos:
1 - Un caractere en chinois, et l'equivalant en pictogramme Naxi
2 - Noel au balcon...
3 - Le parc du Lac du Dragon, avec la vue sur le Mt Satseto (5500m)
4 - Nathalie achete deux porte-bonheurs a une vieille femme Naxi
5 - Une cour interieure d'une maison Naxi
6 - Chi-wa-wa chinois
7 - Quiii veut mes beaux nichons! Pas cheeeeeeeeeeeeeer!
8 - Ruelles de Lijiang, Venise du Yunnan
9 - Les sept etoiles de la cape Naxi, symbolisant le jour et la nuit
10 - Vente de bougies flottantes, porteuses de voeux

Lijiang est la derniere etape de notre long pelerinage sur les routes de Chine. Apres six semaines passees dans la Republique Populaire, cette petite ville touristique du nord du Yunnan, au pied des premieres montagnes du Tibet, nous accueille et s'apprette a nous offrir une belle veillee de Noel.
En Europe, la fete de Noel est sans doute la fete familiale par excellence, le moment ou l'on retrouve freres (et soeurs parfois!) au coeur de l'hiver, a la toute fin de l'annee et du long couloir de decembre, pour recharger les batteries autour de la cheminee, entre chocolats et dinde farcie. C'est donc avec un petit pincement au coeur que nous nous preparons a feter Noel loin de nos familles, loin egalement de l'image d'epinal evoquee precedemment (ici, le chocolat est une matiere inconnue, au mieux une denree rare importee, et la dinde de son cote, tend a etre contaminee...).

Alors il s'agit pour nous de recomposer les symboles de Noel: tout est une question d'interpretation finalement! Apres un coup de fil passe aux parents pour se connecter a la famille, nous deambulons dans les petites ruelles de Lijiang, l'esprit oisif et le coeur en fete, arpentant le pave de cette creche grandeur nature... Si les bergers sont peut-etre loins, dans ce decor asiatique qui frole la caricature, les guirlandes, en revanche, sont bien la! Les chinois, qui se saluent a coup de Merry Christmas, n'ont pas minimise le potentiel touristique de Lijiang. Cependant, a notre grand etonnement (soulagement), la majorite des touristes sont chinois! Des serveuses deguisees tant bien que mal en pere Noel nous vendent leur soiree speciale, la place centrale s'anime de quelques feux d'artifice, c'est toute la ville qui vibre au couleur de Noel. Cette ambiance festive qui se degage de la ville nous arrange bien, dans un certain sens, elle nous evite d'avoir a tout recreer...


Nous passons une grande partie de la journee du 24 a sillonner les petits commerces pour se trouver au moins un cadeau a s'offrir! Enfin! Et apres avoir froler le desespoir, Nathalie se degotte (je lui degotte) une chemise en soie traditionnelle, aux ourelets finement brodes et colores. Quant a moi, je me parerai d'une belle chemise de mandarin noir, offerte par ma belle. Nous sommes donc prets a aller assister a la grand messe de minuit: un concert de l'orchestre Naxi, la minorite majoritaire a Lijiang. Comme chaque annee, la messe est longue (desole papa), mais les longs sermons de Xuan Ke (grand pretre Naxi, qui commente-introduit-analyse de longues minutes durant, chacune des pieces interpretee par l'orchestre) ne nous empechent pas d'en apprecier la musique.

La matinee du 25 a bien les allures de lendemain de fetes que nous connaissont chez nous: les rues sont desertes, les magasins fermes, nous glanons au detour d'un cafe quelques derniers "merry christmas" echappes d'une gueule de bois, trois cotillons et deux ponpons. La nuit tombe vite au Yunnan, le bus pour Kunming est avance, l'heure des adieux a sonne, nos adieux a Lijiang, nos adieux a la Chine.
Trois jolies muses enguirlandees nous offrent encore la possibilite de deposer dans le lit du canal une bougie flottante. Nos regards contemplent cette derniere lumiere de Noel qui s'enfonce dans la nuit, porteuse de nos voeux comme de nos adieux a la Chine...

Raphael.


21 décembre, 2005










YILAN, UNE FEMME HANI DU XISHUANBANNA

Legende des photos:
1 - brume matinale sur les plantations de the
2 - plantations de the (sans la brume)
3 - decouverte de la flute dans le village Bulang
4 - demonstration de guimbarde mongole
5 et 6 - village de Baluo
7 - Yilan

Lorsqu'on se laisse guider par le hasard alors qu'il nous devie de la route que nous nous etions tracee, on se retrouve transporte dans des lieux que nous n'aurions pas imagine pour vivre les experiences les plus enrichissantes.
C'est comme cela qu'en cherchant toujours avec le meme acharnement les musiciens du Yunnan, nous avons atterri dans le tout petite village de Baluo, ou sejourne Yilan.

Je reprend par le commencement!!
Arrives a Jinghong apres 18 heures de bus de Kunming, nous avons eu la chance de trouver sans trop de mal une guide intrepide prete a sortir des sentiers touristiques pour essayer de tirer quelques sons de la dense savane du sud du pays. La region est tropicale, proche des terres Birmanes ou de celles du Laos. La premiere destination est le marche du dimanche de Menghai, ou se reunissent la plupart des ethnies de la region: Hani, Akha, Bulang... Le spectacle est des plus bigarres:
Les femmes coiffees de chapeaux abracadabrants se ruent sur nous, gris gris, clochettes et bouts de tissus a la main pour essayer d'en sous tirer quelques yuans. Un pseudo dentiste arrache canines et molaires aux autochtones, colmatant apres coup les breches avec une pate rose cache-misere dont je ne prefere pas connaitre la substance. Les ustensiles de charcutage passent de bouche a bouche sans desinfection... Je n'en dis pas plus, je pense que c'est clair!
Plus nous progressons dans les allees du marche, plus la grappe de vieilles femmes des minorites se fait grande dans notre dos. Elles repetent quelques mots francais entendus a la volee en riant a gorge deployee. Ce marche que nous trouvons si exotique au depart prend des allures de cauchemard lorsqu'il s'agit de nous detacher de cette horde de vendeuses afin de poursuivre notre chemin tranquillement!


Heureusement pendant cette foire pas possible, notre guide n'a pas perdu de temps: nous sautons vite dans une cariole bondee de femmes de l'ethnie Hani. Les tetes sortent du toit et les fesses depassent de tous cotes, mais en Chine surtout: "quand y en a plus y en a encore" et nous trouvons finalement un bout de place a bord. Le tracteur crache quelques fumees noires avant d'entamer son voyage a travers les paysages du Yunnan tropical.

Un sentiment de bonheur teinte d'amertume nous accompagne dans cette longue promenade. La solitude me surprend, le coeur deracine par notre difference: nous nous laissons transporter encore plus loin dans l'ermitage de nos codes et de nos regles. Cependant la gentillesse et l'humour des passageres nous prouve qu'ici dans cette partie reculee du pays un echange est encore possible entre voyageurs et habitants. Le virus de l'argent n'a pas encore creuse un enorme fosse entre les cultures.

Les paysages sont epoustouflants!! Nos regards passent des plantations de the qui sculptent les colines et dessinent d'improbables formes geometriques, aux forets de canne a sucre dont nous machouillons les fibres, le plus caracteristique etant peut-etre les rizieres cultivees en escalier.

Le premier village que nous traversons compte 18 familles. Quelques femmes y descendent, la pipe a la bouche en nous faisant un signe du bras et nous continuons notre route un peu plus haut dans la montagne. C'est dans le deuxieme village que Yilan nous ouvre les portes de sa hutte: l'interieur est sombre, sans lumiere ni fenetre, et nos yeux ont besoin de quelques minutes pour voir apparaitre progressivement les objets et l'amenagement interieur. Quelques poules et poussins entrent librement dans le logis a la recherche de restes de nourriture. hem hem... inutile de dire qu'il est trop tard pour faire demi-tour, grippe aviaire ou pas!

Yilan est une femme touchante, le bonheur qu'elle a de nous recevoir se lit sur son visage. Apres un repas de patates douces partage autour du feu a-meme le sol, nous partons dans la jungle vers un village voisin de l'ethnie Bulang. Visiblement heureuse de promener ses hotes, Yilan laisse aller sa belle voix a quelques chants. D'un sentier voisin, des enfants lui repondent et Raphael a son tour tente, plus laborieusement, de reproduire ces memes melodies! Que pouvons-nous faire ici avec un mini-disc et un micro? Ces musiques-la ne s'enregistrent pas, elles se vivent!!

Notre condition de citadins habitues a un certain confort revient vite au galop au millieu de ce reve un peu exotique lorsque Yilan arrive pres de moi avec dans sa main une enorme arraignee jaune, soit disant delicieuse a deguster! Ou encore le soir, alors qu'il faut aller faire ses besoins dans les hautes herbes qui grouillent d'animaux (hostiles), sachant que chiens et porcs guettent toute cette scene pour se regaler ensuite de nos excrements... Lorsqu'on sait qu'on mange les porcs apres, cela fait reflechir! La nuit tombee, notre guide, Raphael et moi nous blottissons dans le nid que Yilan a prepare avec le plus grand soin. Elle guette au coin du feu apres nous avoir borde comme une vraie maman!

Le lendemain, au moment des adieux, Yilan nous accompagne a la lisiere de la foret avec son petit fils sur le dos. Nous nous serrons tres fort dans les bras et lorsque nous commencons notre descente, elle entame un magnifique chant d'adieu. Les larmes aux yeux et tous les trois boulverses par cette rencontre, nous poursuivont notre route sans dire mot jusqu'a l'autre flanc de la montagne d'ou nous lui faisons un dernier signe de bras, alors qu'elle n'est plus qu'un tout petit point rouge dans un champ de the, avant de disparaitre.

De telles rencontres font biensur reflechir...
La sincerite et l'authenticite se retrouvent-elles plus proches de la nature et des choses simples? Les villes et toutes leurs structures nous ont peu a peu transformes, nous faisant perdre l'essence des choses, le sens de nos actes. Ainsi, bien souvent, nous ne comprenons pas la raison de nos faits et gestes. Nous nageons au millieu d'un ocean d'informations au milieu duquel nous sommes obliges de nous faire une bulle pour nous en proteger. Comme cela nous avons peut-etre perdu beaucoup de sourires vrais et de chansons gratuites.


Nathalie.

07 décembre, 2005









ACTIVITES ET RECHERCHES MUSICALES A PEKIN

Legendes des photos:
1 - La Cite Interdite
2 - en sortant de la Cite, vue sur la place Tien an men et le mausolee de Mao
3 - l'eglise de Beitang, eglise des missionnaires italiens puis francais
4 - concert a l'Ambassade de Belgique, le 7 decembre 2005
5 - affiche du concert a l'universite de Beida, le 10 decembre 2005
6 - salle de concert de l'universite de Beida (avant le concert)
7 - la grande muraille
8 - un quartiers de hutongs, pres de la cite interdite


Avant d'arriver et de connaitre Pekin, cette ville nous offrait la perspective des deux concerts a y donner, et une halte reposante de 13 jours au meme endroit (13 jours sans bouger, une premiere!), parmi les sites un peu mythiques qui font la -bonne ou mauvaise- reputation de cette capitale. En realite, nous sommes repartis combles au-dela de nos esperances par notre sejour dans cette capitale (jing) du nord (Bei).

Curieusement, les premiers jours passes a Pekin nous donnent enfin la sensation d'etre en Chine, alors que nous y etions en fait depuis deja deux semaines. Chengde nous aura finalement servi de purgatoire mi-figue mi-raisin entre Shanghai, modele (ou anti-modele) de developpement exacerbe, et Pekin sereine, souveraine et imperiale. L'immense privilege d'etre heberge pendant cette periode par le secretaire de l'ambassade de Belgique, Gianmarco, nous offre un (re)confort que nous avions presque oublie. Nous ne tardons pas a nous procurer deux velos, moyens de locomotion facilitant les longs deplacements sur les grandes arteres ou les petites ruelles de la ville, et les rendant presque agreables (vent glacial et -10 degres).

Commence rapidement pour nous une semaine de recherches, frisant certains jours l'enquete policiere, sur les traces des premiers missionaires presents a la cour de l'empereur, et notamment la presence d'instruments a claviers europeens entre1609, date du don d'un clavicorde par Matteo Ricci a l'empereur, et 1793, mort du pere Amiot, dernier claveciniste (francais) a la cour. Ce passe riche en echanges culturels entre l'Europe et la Chine donne a notre presence des raisonnances toutes particulieres, a la fois passionnantes et vertigineuges. Il nous est pour le moins troublant de prendre conscience du fait qu'il n'y ait apparemment qu'un ou deux clavecins aujourd'hui a Pekin, alors qu'il y en avait dans chacun des appartements de l'Empereur Kangxi au debut du XVIII (8,10, 15?) et peut-etre egalement dans les residences imperiales en-dehors de Pekin (Chengde). Retour en arriere donc, sur une terre ou nous sommes loins d'etre les pionners (y compris sur le terrain des recherches...). C'est a ce moment que Teodorico Pedrini, missionaire italien, compositeur et claveciniste de l'Empereur fait son apparition a la cite interdite, apres un long periple de pres de dix ans qui le fait traverser les conquetes espagnoles du continent americain avant d'atteindre sa destination finale. La seule oeuvre qu'il nous reste de lui est son Opus III, douzes sonates pour violon et basse continue ecrites en suivant le modele corellien. Pedrini aurait-il connu Arcangelo Corelli a Rome avant son depart en 1700?...
Nous parvenons in extremis, et apres maints efforts, a mettre la main sur la partition de ces sonates, avec la belle perspective de les jouer ici ou la sur notre route (concert a Bombay), puis a notre retour en Europe.

Les deux concerts a Pekin nous ont laisse un souvenir tres marquant. Le personnel de l'Ambassade de Belgique etait a nos petits soins pour la preparation du premier concert le 7 decembre: location, premier et second accord du piano, salle de reception metamorphosee en salle de concert grace -entre autre choses- aux portaits royaux accroches sur nos tetes, aux plantes vertes disposees ici et la sur la scene, cette derniere bordee de petites chandelles... et le tout biensur couronne par une reception marquee par le bon gout du maitre de maison. Le second concert, organise par le "camp" francais dans un cadre tres different (la salle de concert de l'universite de Beida), nous a permis de ressortir notre bon vieux programme "au fil du temps" (renouvele a 80%!) devant un large public (pres de 300 personnes) de familles et d'etudiants.

Nous repartons donc de Pekin avec la sensation d'y avoir laisse quelques plumes et un peu de nous-meme. Comme ces coups de coeur qui ne laissent pas indemnes, cette ville semble nous avoir tant donne en retour, jusqu'aux promesses de lendemains...

Raphael.

25 novembre, 2005


FAIT D'HIVER: L'ARRESTATION D'UNE TRAFFIQUANTE DE FLUTES INTERNATIONALE - samedi 26 novembre 2005

Alors qu'elle se promenait tranquillement dans le parc imperial de Chengde, la flutiste a bec Nathalie Houtman s'est fait interpeller par les forces de l'ordre du gouvernement chinois. Son sac contenait plus d'une quinzaine de flutes de provenances differentes : un cuur de Mongolie, un shakuhachi du Japon, un xiao de Chine, une dizaine de pipeaux occidentaux ainsi qu'une guimbarde d'origine non identifiee. (Agence Reuters - 01/12/05)

24 novembre, 2005



CHENGDE 24 novembre 2005

Legende des photos:
1 - le lac gele du parc imperial de Chengde
2 - musiciens et chanteurs amateurs dans l'enceinte du parc
3 - jeunes soldats en permission
4 - le monastere de Punning
5 - Le monastere de Putuo Zongcheng, "replique" du Potala Palace de Lhassa


En 1703, l'empereur Kangxi (dynastie Ts'ing) decide de construire son palais d'ete dans la petite ville de Chengde. Le destin de cette ville s'en trouve brutalement change, elle voit naitre en quelques annees un complexe ambitieux et spectaculaire comprenant autour des appartements imperiaux et de la salle du trone, plusieurs palais, temples et pagodes, le tout dans un decor de montagnes et de lacs. C'est toute la cour qui suit l'empereur lors de ses retraites d'ete pour fuir la chaleur et l'agitation de la capitale.
C'est donc ce destin peu commun, prometteur de nature et de calme qui nous fait choisir cette ville pour preparer les concerts de Pekin, loin de l'agitation et des hauts buildings de Shanghai.

Mais Chengde se revele etre assez loin de la petite bourgade calme et inspirante que nous esperions. La vue des premiers gratte ciels tend a nous faire faire demi tour illico-presto, mais nous sommes vite happes et pousses de force dans un taxi par un femme bien decidee a nous faire faire la tournee des hotels. Malheureusement pour elle, nous montrons une extreme exigence quant au choix de l'habitat, sejour de longue duree oblige! Un par un les hotels defilent sous nos yeux et ce meme signe negatif qui s'ensuit de notre part... Finalement toute cette mascarade nous conduit dans la suite royale d'un hotel semi-pourri que nous parvenons a marchander sec -grace a l'aide de notre amie a bout de nerfs- pour 100 yuans (10 euros) la nuit.
Mais il ne faut pas se fier aux apparences souvent trompeuses, et tres vite le chauffage deffectueux, l'eau chaude plutot tiede malgre un bain jacouzi clinquant neuf, l'enseigne lumineuse fluorescente clignottante de l'immeuble d'en face, et pour couronner le tout le bruit des hold up sous notre fenetre, rendent notre sejour legerement inconfortable. Seule la coupe du monde de patinage artistique, que nous regardons en boucle emmitoufles jusqu'au cou parvient a nous reconforter.

En contrepartie, il faut reconnaitre que les quelques sites aux alentours de la ville sont impressionnants!
Nous retrouvons les patineurs sur les lacs geles du palais d'ete qui se partagent la glace avec de jeunes militaires en permission. Entre lacs et montagnes, les batisses imperiales se dessinent dans la brume hivernale et abritent sous leurs toits des groupes de musiciens et chanteurs amateurs l'apres midi du dimanche. J'ai d'ailleurs ete happee par l'un d'eux (contre mon gre!) pour chanter Jingle bells en solo, et je crains avoir chante faux comme une casserole (ou que nous n'avons decidement pas les memes notions de justesse): ils n'ont pas insiste pour que je chante un autre air de mon repertoire europeen!
Nous n'avons pas regrette la location de velos pourtant beaucoup trop petits pour aller admirer les temples et pagodes se perchant plus loin dans les colines. La visite du Putuo Zongcheng temple, replique du Potala Palace de Lhassa, nous a console de ne pas pouvoir nous rendre au Tibet lors de notre sejour en Chine.

Nathalie

23 novembre, 2005

LA MUSIQUE EN CHINE
Entretien realise avec Wu Weixi (Albert), etudiant au conservatoire de Shanghai.

Photo: rencontre d'Albert, qui nous a servi de traducteur lors de notre conference au conservatoire de Shanghai en novembre 2005.

Musique Vagabonde: Quel est ton parcours? Quel(s) intrument(s) as-tu etudie?

Albert: Apres avoir termine ma scolarite au lycee, je suis d'abord alle au conservatoire de musique du Sichuan (province de Chine centrale NDLR), j’y ai etudie pendant 5 annees. Ensuite, je suis alle a Shanghai. Je suis actuellement etudiant en doctorat au conservatoire de Shanghai. Je peux jouer du piano mais pas bien! Je me suis specialise dans l'histoire de la musique medievale.

MV: Qu'est -ce qui t'a donne envie de t'interesser a cette periode en Europe? Est-ce que cette musique est enseignee au conservatoire de Shanghai?

A: J'ai toujours ete interresse par la culture medievale, surtout par la vie musicale de cette periode. Mais malheureusement il n’y a aucun professeur qui enseignent la pratique ou la theorie de la musique de cette periode, et je n’ai pas non plus de bibliographie chinoise comme reference! J'ai donc du me renseigner par moi-meme en me procurant quelques documents en provenance d'Angleterre.

MV: Si l'on parle de "musique ancienne" aujourd'hui en Chine, a quelle musique (chinoise) cela peut-il faire reference?

A: D’apres moi, l'idee de musique ancienne referre a l’opera Kun, ou la musique de Guqin. L'opera Kun est l’essence du drame musical chinois et represente l’esthetique traditionnelle chinoise des dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1911). Quant au Guqin (cf bas de page), c'est l’instrument le plus ancien dans l’histoire de la musique chinoise, avec une tradition d’interpretation jamais interrompue pendant trois mille ans. Cet instrument a un repertoire comprenant plus de mille compositions, dont les plus anciennes remontent aux dynasties Tang et Sung (7eme siecle - 13eme siecle).

MV: Y a-t-il d'autres instruments qui se sont transmis de cette meme facon?

A: En plus du Guqin, il y a tellement d'instruments qui ont une histoire de plus de 1000 ans en chine, chaque dynastie ayant ses instrument propres. Entre autres la flute en bambou, la pipa, la flute a bec et le zhen sont assez representatifs, mais les formes ont ete transformes au cours du temps. On peut trouver quelques specimens d'instruments de la dynastie Tang (618-907) au Japon et d'autres de la dynastie Ming en Coree.

MV: Quelle est la proportion d'etudiants qui etudient la musique traditionelle chinoise et la musique europeenne au conservatoire de Shanghai?

A: Je pense que trois etudiants sur dix etudient la musique traditionnelle, et le reste sont etudiants en musique occidentale ou en chant lyrique. Les premiers sont de moins en moins depuis les annees 80...

MV: Penses-tu que les possibles connexions entre ces deux cultures peuvent etre interessantes? Ont-elles souvent lieu aujourd'hui en Chine et sous quelle forme?

A: Bien-sur que oui! Il faut encourager de plus en plus la communication entre les musiciens de differentes cultures. Les formes ideales sont peut-etre les conferences et les concerts d’echange. Actuellement, les jeunes chinois ne comprennent pas la musique ancienne, et bien qu’ils apprecient la musique pop occidentale ou meme la musique classique europeene, ils ignorent presque tout de la musique ecrite avant Bach.

Entretien realise par e-mail en decembre 2005.
Raphael et Nathalie.

NB: Le Guqin est le plus vieil instrument a cordes pincees de Chine, datant de plus de 3000 ans, et aussi l'instrument le plus prestigieux de la Chine antique. Sa notation, ancienne de 1500 ans au moins, nous a laisse 150 partitions contenant 3000 morceaux de musique. La facture du Guqin est elle-meme fortement marquee par la culture chinoise: il est long de 3 chi, 6 cun et 5 fen, correspondant au nombre de jours dans une annee. La table superieure est concave, symbolisant le ciel, et la table posterieure est plate, symbolisant la terre. Avec la possibilite d'une centaine d'harmoniques, le Guqin est probablement l'instrument qui permet le plus grand nombre d'harmonique du monde. Lors de notre visite dans sa classe d'histoire de la musique et apres avoir joue notre repertoire de musique ancienne, Wei Dai sort et fait sonner son Guqin dans l'intimite de quelqu'uns de ses etudiants reunis autour d'elle. Le timbre emouvant de cet instrument, par son faible volume sonore, n'est pas sans rappeler celui de nos clavicordes...

22 novembre, 2005


LA FAMILLE DAI, MUSICIENS DE PERE EN FILS - 22 novembre 2005

C'est Jonathan Stock, musicologue anglais specialise dans les flutes traditionnelles chinoises (flute traversiere en bambou et xiao), qui nous a permis de rencontrer la famille Dai.
Son livre "world sound matters " fut la source de nos echanges. Il nous conseille de nous rendre a Shanghai ou habite la famille Dai, tous musiciens professionnels. Shuhong, le pere joue de la flute traversiere en bambou et du xiao; Wei (sa fille) joue du qin (cithare chinoise) et son beau-fils joue de la flute traversiere moderne au sein de l'orchestre philharmonique de Shanghai.


Sachant que Shuhong ne parle pas un mot d'anglais c'est d'abord vers sa fille que nous nous tournons. Wei est professeur au Conservatoire de musique de Shanghai et nous propose en toute confiance de venir donner une conference sur la musique ancienne pour ses eleves.
Le lendemain, nous nous rendons ainsi dans cette gigantesque batisse ou la classe de Wei, au 9e etage, nous attend avec impatience, le bloc-note a la main.
Aux questions que nous posent les etudiants, nous remarquons un niveau et une ouverture a d'autres musiques plus importante au conservatoire de Shanghai que dans nos precedentes destinations. Meme pour la musique contemporaine, leur enthousiasme fait plaisir a constater: lorsque la partition de Luciano Berio passe dans les rangs, ils se ruent sur leurs appareils numeriques pour prendre des photos de la notation specifique qu'il a utilisee pour l'ecriture de Gesti.

Le soir meme, Shuhong Dai, le pere de Wei, nous accueille dans son appartement avec beaucoup de gentillesse. Il nous fait etat, a force de longues explications emportees, du stade d'avancement de la realisation de methodes qu'il est en train d'ecrire pour la flute traversiere. Et lorsque l'on parvient finalement a placer un mot au milieu de ce flot de palabres incomprehensibles pour lui expliquer avec diplomatie que ce n'est pas la flute traversiere qui nous interesse mais le xiao (flute verticale), il ne semble pas deroute le moins du monde et poursuit sur cette nouvelle voie avec une meme fougue.

Le xiao (ou dongxiao) remonte jusqu'aux dynasties Han (206 av. JC). Le prefixe dong signifie "trou". On trouve des joueurs de xiao sur les potteries de la periode Han, ainsi que sur les estampes des tombes des periodes Wei et Jin (220-420 ap. JC). Le xiao sous sa forme actuelle est construit dans un bambou de couleur noire et comporte huit trous (6 devant et 2 derriere).
Cet instrument produit un son tres doux et delicat qui le prete bien au solo. On le trouve egalement frequement en duo avec le qin (cithare chinoise) ou dans certaines traditions de musique de chambre.

Les quelques morceaux que nous lui jouont pour le remercier de l'acceuil qu'il nous reserve semblent l'emouvoir puisqu'il decide de m'offrir l'une de ses plus belles flutes! J'ai recu donc ma premiere lecon de xiao, ou ma preoccupation premiere etait de sortir un son sur cette flute a la technique d'embouchure assez particuliere!
Cette rencontre qui avait demare cordialement sur de bonnes bases vire subitement au desastre lorsque, sous la direction de Raphael, nous tentons d'esquisser des pas de bransles, pavanes et gaillardes dans le salon des Dai a la demande de la famille...


Nathalie.

18 novembre, 2005

SHANGHAI - 18 novembre 2005

Curieux sentiment d'avoir echoue a Shanghai, de ne pouvoir se raccrocher a l'un des innombrables gratte-ciels. La ville, adolescente et insolente, exhibe fierement ses plus beaux apparats:

Sursaturation de neons vermillon
Fric chic et choc en toc
Tout se presse, stress tout en strass
Sur le bund bonde de monde immonde
Le jour s'agitte, la nuit clignotte

D'une ville sans note, la suite s'enfuite

Raphael

15 novembre, 2005




TRAVERSEE DE LA MER DE CHINE - 15 Novembre 2005

Apres les nombreuses heures passees dans les bus sillonant les routes de l'Europe de l'Est, les 5 jours a bord du transsiberien, l'inegalable shinkansen et ses records de vitesse pour relier les differentes metropoles de l'ile nipponne, il nous restait encore a experimenter la traversee en bateau...

L'excitation est donc biensur au rendez-vous lorsque nous embarquons a bord du ferry de la compagnie Chin Xia Peng dans le port d'Osaka, apres avoir passe deux nuits dans une auberge de jeunesse nichee dans l'aile sud d'un stade de foot (allez comprendre). La premiere journee a bord nous offre des paysages spectaculaires: les rayons du soleil livrent bataille avec d'epais nuages pour eclairer les nombreuses petites iles volcaniques a travers lesquelles le ferry se fraie un chemin.
La vie a bord offre ses plus beaux atouts (fait tout son possible) pour passer le temps: les machines a sous, une table de ping-pong, la cafeteria et la salle de bal-karaoke laissent esperer, lorsque le soleil se couche sur la mer interieur, des lendemains dignes des plus grandes croisieres mythiques.

Mais au matin du deuxieme jour, les vagues agitees de la mer de Chine ont raison de toute envie de se distraire. Les rares personnes que l'on croise dans les couloirs du bateau marchent laborieusement d'un point a un autre, se cramponnant aux poignees de porte ou a la rampe d'escalier. Le mal de mer surprend les plus temeraires (moi), les couloirs sont deserts. Seule Nathalie gambade joyeusement d'un bout a l'autre du navire, la camera au cou et le sourire en bandouliere. Les petits sacs en plastique accroches a chaque poignee tous les 10 metres annoncent la couleur: ce n'est pas un sapin que l'on decore mais des mesures preventives contre toute entreprise de ravalement des surfaces. Dans la salle de karaoke desertee, le barman chantonne ses vieilles rangaines chinoises (Nathalie se tate...), pas entierement convaincu de sa mission a bord.

Au petit matin du troisieme jour, la mer s'est calmee (Nathalie aussi), la vitesse de croisiere ralentie nous permet de saluer les grues des chantiers navals qui nous accueillent dans le port de Shanghai. Bienvenue en Chine!

Raphael.

08 novembre, 2005


MITSUI KOYOZAN UN FACTEUR SOLITAIRE

Legende des photos:
1 - concert au Tokyo Shokan Hall
2 - Mitsui Koyozan dans son atelier

La route est longue: un bus au depart de Tokyo traverse la ville et ses gratte-ciels, la banlieue et ses echangeurs incomprehensibles pour atteindre finalement une nature verdoyante a plus d'une heure de route de Tokyo en direction du Nord-Est.
Fraichement debarques du bus, nous sommes recueillis par notre homme qui nous embarque a bord de sa voiture. Un disque des suites pour orchestre de Bach diffuse a faible volume apporte a l'ambiance deja feutree une touche finale de confort et d'elegance. Les trois quart d'heure de route qu'il reste encore a parcourir entre la station de bus et la maison de Koyozan nous servent a faire davantage connaissance, les echanges se faisant calmement dans un anglais qu'il maitrise sommairement.

Apres avoir traverse quelques forets et zones marecageuses, nous arrivons chez Koyozan: une belle maison construite il y a une dizaine d'annees au bout d'un chemin, entre un lac et une foret de bambous. Koyozan nous dit avoir quitte la ville saturee de Yokohama 2 ans auparavant pour venir s'installer dans cette region calme de l'Ibaraki-Ken. La discussion se dirige peu a peu vers le shakuhachi, flute traditionnelle verticale japonaise qu'il fabrique dans l'atelier adjacant a sa maison. Le nom de cet instrument importe de Chine au VIeme siecle est derive de"isshakuhassun" qui signifie 1 shaku et 8 sun (longueur japonaise de 1,8 pied) et correspond a une taille standard de 54,5 cm.
Koyozan nous presente plusieurs tailles d'instruments (il en existe pres d'une dizaine), tous tailles dans le madake, un bambou prealablement seche plusieurs mois durant. L'embouchure du shakuhachi est assez particuliere, comportant la piece la plus importante de l'instrument, une plaquette finement taillee en ivoire ou en corne de buffle. La projection de l'air de part et d'autre de l'embouchure la rapproche de celle de la flute traversiere. Le son de l'instrument, assez difficile a produire, est percant, fragile et flexible, metallique, avec des harmoniques aigues tres presentes donnant un timbre cuivre. Un hochement de tete produit le vibrato sur les notes les plus longues. Koyozan plonge dans ses vieux grimoires pour remonter, croquis a l'appui, aux sources du shakuhachi, nous exhibant des reproductions d'instruments provenant de Chine, conserves dans les musees de Nara (Japon) et Shanghai (Chine). Un point d'interrogation subsiste cependant: au fil des siecles, ces flutes semblent perdre un a un chacun de leurs trous, des premiers modeles a 9 trous pour arriver a l'actuel shakuhachi a 5 trous... {!!Attention!! Cet instrument risque serieusement de se transformer en matraque dans quelques siecles!!!}

Deux ecoles de shakuhachi confrontent leurs style, embouchures et techniques de jeu: l'ecole Kinko qui date de l'ere Edo ( 1600-1868) et l'ecole Tozang, ancienne de seulement 80 annees.

Apres la pause du dejeuner, il ne reste que peu de temps a Koyozan pour nous faire visiter son atelier aux allures de cabanon suedois. Il recele des bambous de toutes tailles en phase de desechement, quelques ustensiles-grattoirs et une terre magique pollisseuse d'interieur de tube mais puant la rage. Nous n'etions pas conscients qu'il avait prevu de nous consacrer la journee pour repondre a toutes nos questions. La grande generosite de cet homme qui, sans nous avoir jamais vu auparavant, vient nous chercher a la gare, nous invite au restaurant, nous donne tout son temps, presente et fait sonner chacun de ses instruments pour satisfaire notre curiosite, est desarmante, et nous laisse sans mot au moment des adieux.

Raphael.

28 octobre, 2005






LE JAPON 28 octobre 2005

Legendes des photos:
1 - Geisha au mariage de Yuko et Nico, a Nagoya
2 - Nico, Eve, Raphael, Nathalie et Yuko
3 - Le pavillon d'or du temple Ryokan-ji, a Kyoto
4 - Dans une pension traditionnelle a Kyoto, avec la famille de Nico
5 - Temple dans les montagnes de Kurama, pres de Kyoto
6 - Quartier de Shibuya, Tokyo

Apres un mois passe en Mongolie, le choc est grand lorsque nous arrivons au Japon. L'aeroport a l'architechture futuriste de Seoul ou notre correspondance nous sert de sas spacio-temporel ne suffit pas a attenuer les contrastes violents entre ces deux pays...

LES 6 "PETITS BONHEURS" DE NOTRE SEJOUR AU JAPON:

- Une geisha qui fait le poirier pour imiter un poisson au mariage traditionnel de Yuko et Nico (amis de Raphael).
- L'arrivee du 11eme plat lors du banquet gastronomique offet par le pere deYuko.

- La tete que fait Gerard Depardieu lorsqu'il recoit le baise vole de Catherine Deneuve dans "Le Dernier Metro", visionne dans notre chambre de 4m2 (taille du futon) du New Koyo Hotel a Tokyo.

- La rencontre avec Timothee Collignon, graphiste parisien en VARSRTI (voyage d'affaires de recherches serieuses et de reunions de travaux intensifs) au Japon.

- Le "one-woman show" de Eve Risser (amie de Raphael) sur son piano-crepe en caoutchouc, dernier cri de la technologie japonaise made in China, en matiere de Keyboard.

- Les repas au McDo, pauses gastronomiques au milieu des degustations de poisson cru.


LES 6 "PETITS MALHEURS" DE NOTRE SEJOUR AU JAPON:

- 4 heures de train, 3 changements, 2 imbeciles qui vont voir 1 mont Fuji completement enseveli dans les nuages.

- Les P.V. de Eve Risser.

- Les dortoirs non mixtes de l'auberge de jeunesse aux allures de prison deYokohama (la plus chere du pays).

- "El condor passa", interprete au Shakuhachi par Genzan Mioshi sur le CD-rom promotionnel qu'il nous a offert.

- La fourmiliere du quartier de Shibuya, 5eme tableau du jeu video "Tokyo in real"...

- Les repas au McDo, pauses gastronomiques au milieu des degustations de poisson cru.


Raphael et Nathalie.

15 octobre, 2005



LA MUSIQUE EN MONGOLIE

photo 1: Budgee (a gauche) et son ensemble de musique traditionnel mongole
photo 2: Budgee a Oulan-Bator

Extraits de l'entretien realise avec Budgee Magsarjav, etudiante en musicologie et morin khuur a la faculte de musique de Oulan-Bator.

Musique Vagabonde: Est-ce que tu peux nous expliquer un peu ton parcours? Comment as-tu commence la musique et quelles etudes fais-tu aujourd'hui?

Budgee: Mon pere est mongoliste, c'est a dire qu'il fait des recherches sur la Mongolie, l'histoire, les arts et la culture mongole. C'est pour les recherches qu'il devait effectuer que nous avons decide de nous installer en Mongolie. C'est un grand fan de musique (surtout de musique baroque!), et il a donc decide que j'apprendrais la musique traditionelle mongole. Il voulait que sa petite fille devienne une grande musicienne! J'ai pourtant commence par le ballet! Lorsque j'etais petite fille, je n'avais aucune idee de l'existence du piano, du violon et des autres instruments et tout a coup, a cinq ans, j'ai arrete la danse pour commencer le piano. Ma mere violoniste m'a beaucoup aide pour cela. Je suis entree au conservatoire a 11 ans et j'ai commence le morin khuur (la viele a tete de cheval). L'annee suivante, j'ai commence le violoncelle. Maintenant, je fais des etudes a l'universite. Lorsqu on finit le conservatoire, on entre a l'universite pour continuer jusqu'au magistrat.

MV: De quelle facon te projettes-tu dans la vie professionelle future? Comment se passe la vie professionnelle des musiciens en Mongolie?

B: Les gens sont de plus en plus interesses par la musique traditionelle mongole. Pour preuve, de nos jours, les musiciens traditionnels vont donner des concerts au Japon, en Coree ou en Europe. Les etudiants en musique occidentale, eux, se consacrent plutot aux concours. Mais les concours sont rares et il faut etre les meilleurs! Nous avons ici egalement deux orchestres classique (l'Orchestre Philarmonique et l'Orchestre de l'Opera: beaucoup de musiciens y sont engages) ainsi que l'orchestre d'instruments de musique traditionnel. Sans oublier le grand orchestre du gouvernment (c'est un nouvel orchestre constitue pour l'occasion des fetes nationales), qui comportera 108 musiciens, dont certains jouent des instruments tres anciens. Il y a egalement des ensembles de musique de chambre qui travaillent dans les restaurants. Pour ma part, je n'ai pas specialement envie de devenir musicienne professionnelle. J'aimerais plutot enseigner la musique aux enfants et les rendre capables, par exemple, de distinguer les differences entre la musique romantique et classique, ou encore d'apprecier la musique traditionnelle au lieu d'ecouter la pop ou le rock!

MV: Il y a en ce moment a Oulan-Bator un concours qui reunit les compositeurs actuels mongols. Quelle est la tendance actuelle dans ce domaine? Y a t'il parfois des melanges d'instruments europeens et mongols?

B: Apres la revolution de 1921, la Mongolie a commence a envoyer ses musiciens pour se former en Russie: solfege, harmonie, contrepoint, ecriture et histoire de la musique occidentale. A partir de ce moment la, des compositeurs ont commence a ecrire en utilisant les formes occidentales (concertos, sonates en trois mouvements, etc...) mais avec le style et les modes mongols! On peut remercier la Russie qui grace a son systeme d'ecriture occidental, nous a permit de retranscrire notre musique traditionelle alors que nous n'avions pas de systeme de notation. Maintenant, il y a de moins en moins de musiciens qui vont en Russie pour etudier. C'est l'Europe qui nous interesse davantage! Les jeunes compositeurs d'aujourd'hui s'interessent davantage a la musique "moderne", utilisant percussions, melodies bizzares et casses: les gens ne comprennent pas ce qu'ils veulent dire! C'est comme cela que la musique change et fait entrer de plus en plus de pieces differentes dans le repertoire.

MV: Est-ce que tu vis comme un progres le fait que la Russie ait apporte des harmonies aux melodies populaires mongoles, ou comme le risque que cette musique perde quelque chose dans son essence meme?

B: Je pense qu'il y a un peu des deux. Lorsque l'on acquiert quelque chose d'une part, il y a toujours le risque de perdre quelque chose d'autre part et cela n'est pas propre au seul domaine musical. Mais ce nouveau systeme rend le repertoire plus accessible notamment pour les enfants du XXIe siecle. Ils ne veulent plus ecouter une seule voix qui chante des melodies des montagnes... Et si certains chanteurs de rock integrent des melodies traditionnelles mongoles a leurs chansons, les jeunes auront peut-etre plus facilement conscience de l'existence de ce type de chants dans le passe.

MV: Quels sont les differents instruments traditionnels mongols?

B: La plupart des instruments proviennent de Chine, introduits pour la plupart au XVeme siecle sous la dynastie Yuang. Pekin etait alors la capitale de l'Empire Mongol, et l'Empereur Kublai avait a disposition un grand orchestre de chambre comprenant de nombreux instruments chinois:
- le "yatga", une sorte de harpe traversiere posee sur la cuisse de l'instrumentiste.
- le "yochin" (yang chin en chinois), cythare qui se joue avec des baguettes.
- le "khuuchir" (erhu en chinois), instrument a deux cordes pose sur la cuisse gauche, l'archet se placant entre les deux cordes.
- le "shanz" (san xian), instrument a trois cordes joue avec un plectre, dont la caisse est recouverte de peau de serpent.
- le "limbe", flute traversiere.
En 1970, est cree un nouvel instrument au registre tres grave qui s'appelle le "ever buree" (ever = corne, buree = trompette), construit dans une corne de buffle. Le "bish khuur", autre intrument mongol, est une sorte de clarinette sans cle, au pavillon tres evase et au registre aigu. Enfin le morin khuur, instrument considere par les mongols comme embleme de leur pays, une viele a tete de cheval a deux cordes. Le morin khuur-contrebasse s'appelle le "ikh khuur". Le "morin khuur" a subi des changements considerables dans sa facture. Il descend du "ikel", un instrument creuse dans un tronc d'arbre et entoure d'une peau pour creer la caisse de resonnance. Les cordes sont en crin de cheval. Les tetes sculptees de l'instrument ont souvent change, empruntant les traits d'une tete de lion ou de dragon, pour se fixer finalement en tete de cheval, l'animal prefere et le grand compagnon des mongols (morin = cheval). Smirnoff, un luthier russe laureat des concours de lutherie Stradivarius au debut du XXeme siecle, a egalement apporte a l'instrument des changements qui ont ameliore ses possibilites accoustiques, s'inspirant de la facture de la famille du violon occidentale.
Ces 9 instruments reunis (chiffre qui porte chance en Mongolie) forment l'orchestre traditionnel mongol.

MV: La musique mongole est-elle connectee a la danse ou au theatre?

B: Biensur! On ne peut pas danser sans musique! Mais la musique existe aussi de facon completement independante. Ceci dit, aller voir un concert traditionnel mongol aujourd'hui signifie en fait assister a un spectacle presentant en plus de la musique des danses de differentes ethnies (des danses et musiques boudhistes, des danses chamanes) et des numeros de contorsion.

MV: Tu parles de musiques et de danses boudhistes pendant le concert. Est-ce que cette tradition etait autorisee pendant la periode communiste?

B: Non non! La periode communiste etait la periode de la nouveaute et du changement et toutes les traditions, tous les livres ou objets referrant au passe devaient etre detruits. Mais il y avait toujours des gens qui, n'acceptant pas cela, ont cache leurs instruments sous leur lit, leur livres boudhistes sous l'oreiller et grace a cela, tout n'a pas ete perdu.

MV: Au debut des annees 1990, lorsque le regime communiste a chute, j'imagine que toutes ces traditions sont revenues de maniere beaucoup plus forte?

B: Oui, biensur! Mais tout doucement, pas tout d'un coup. Les jeunes ne parvenaient pas a accepter ces musiques qui ne leur parlaient plus. Mais aujourd'hui, de plus en plus de jeunes s'interessent a la musique traditionnelle, ils s'apercoivent aussi qu'il est ridicule de pretendre devenir musicien professionnel dans le domaine de la musique occidentale alors qu'il y a des milliers d'autres musiciens qui jouent cette musique, et qu'il vaut beaucoup mieux pour eux devenir musicien traditionnel mongol!

Oulan-bator, le 25 octobre 2005.


NB: A ces mots, nous nous permettons de mentionner egalement la pratique du Khuumi, le chant diphonique mongol qui consiste a produire en chantant deux notes simultanement par la meme personne. Il existe plusieurs types de khuumi - tous impressionnants, entre autres le khuumi de louange de l'altai, le khuumi de priere des lamas... Sengedorj, un des grands maitres mongols en la matiere, a livre a nos micros des echantillions epoustouflants de cet art eprouvant et singulier.

Raphael et Nathalie.


10 octobre, 2005







L'EPOPEE DE KHOVD 10 octobre 2005
Legendes des photos:
1 - sur la route du retour Khovd - Oulan-bator
2 - dans la famille kazakh de Samarhand: la mere, le fils, Sengedorj, Nathalie, Samarhand, Naraa et Raphael
3 - sur les plateaux de l'Altai
4 - Zagd, a la lumiere des bougies
5 - panne de jeep a mi-chemin de la traversee Oulan-bator - Khovd
6 - Nathalie, grande defendrice de la flute de voix dans les yourtes mongoles!
7 - Le theatre de Khovd


Les quelques jours necessaires pour nous rendre a Khovd, situee a quelques 1500 km a l'ouest de la capitale mongole, sont pour nous un veritable voyage initiatique, pouvant se resumer a cet inventaire: quatre jours de voyage, deux jeeps utilisees, deux nuits en yourte, une nuit en rade a mi-chemin dans un relais de routier, une dizaine de pannes dont une majeure, la traversee du desert de Gobi et ses chameaux en liberte, et des temperatures allant jusqu'a -10 degres...

L'arrivee a Khovd, dans l'apres-midi du quatrieme jour, nous donne la satisfaction de l'objectif atteint, meme si l'aspect et la petite taille de cette capitale de province tend a nous decevoir. Le paysage est aride, la ville poussiereuse est entouree par des montagnes rouges et rocailleuses qui s'embrasent au soleil couchant.
Le numero de telephone de Sengedorj, directeur du theatre de Khovd, ainsi que le livre ecrit en francais par le musicologue Alain Desjacques dans lequel il decrit sa rencontre avec une famille de musiciens de la region, constituent deux aides inestimables qui vont veritablement guider nos recherches.

Naraa, etudiante en anglais, nous aide a surmonter le barrage de la langue et a expliquer nos objectifs a Sengedorj, qui nous a convoque a ce titre dans son bureau. Sengedorj est avant tout un musicien, et l'un des meilleurs du pays. Son regard petillant d'intelligence accompagne un humour de luron. Le ventre bedonnant revele la bonne vie chez cet homme de taille moyenne du far-west mongol, coiffe d'un chapeau de cow-boy. Debordant de generosite, il ne tarde pas a nous emmener faire la tournee (100 kms a la ronde) des meilleurs musiciens de la region, appartenant aux differentes ethnies peuplant la province de Khovd. Armes de la plus resistante des fourgonnettes 4x4, d'un chauffeur intrepide et de notre desormais fidele traductrice, nous bravons monts et collines, escaladant pierriers pour atteindre telle yourte perchee au sommet d'une montagne, devalant ensuite dans le lit du torrent pour denicher telle autre recluse au fin fond d'une vallee. Les premiers trophees auraient de quoi en decourager plus d'un: un musicien mort, un autre malade, le troisieme parti pour la capitale, le dernier trop vieux n'a plus assez de dents pour faire sonner sa flute...
Qu'a cela ne tienne, l'hospitalite est de rigueur dans chacune des yourtes visitees, et apres avoir ingurgite (tant bien que mal) les differents breuvages mongols et echange trois nouvelles sur le temps ou l'etat des troupeaux, notre equipee reprend la route de plus belle vers nos quetes d'amities musicales.

La perle rare est denichee a la nuit tombee: apres deux heures de tape-cul dans les pierriers, la pleine lune nous aidant a nous frayer un chemin, nous atteignons finalement la yourte de Zagd, un vieillard de 87 ans presque sourd et aveugle. Une bougie sur la table basse apporte a lui et a sa belle-fille la lumiere suffisante pour savourer les dernieres heures de la journee, et fumoter le megot qui lui brule bientot les doigts. La fragilite de ce vieillard qui, a la lumiere des bougies qui l'entourent, fait resonner une derniere fois peut-etre toutes ses cordes est tres emouvante. Nous remballons nos micros, et lorsque nous sortons de sa yourte, la lune eclaire la montagne, le torrent nous montre le chemin de Khovd, a quatre heures de route...

Nous avons beaucoup recu des musiciens en Mongolie: Samarhand le kazakh, Boyandelger de l'ethnie Tsagaan Tug, Tseren de l'ethnie Dorvod, Zagd de l'ethnie Uraanhai et biensur Sengedorj, grand maitre de chant diphonique (khuumi) qui nous a fait rencontrer la plupart de ses amis vivant dans ces yourtes reculees. La foi qu'il avait choisi de mettre dans tous ces musiciens porteurs d'un heritage musical nous a profondement marque. Partout ou cela nous etait possible, nous etions heureux de pouvoir leur faire partager nos musiques en retour, dans telle ou telle yourte transformee en salle de concert, au theatre de Khovd lors d'un concert organise par Sengedorj pour les etudiants en musique, et enfin au Stupa Cafe de retour a Oulan-Bator, un centre qui oeuvre a la restauration du Boudhisme en Mongolie.

Raphael.


05 octobre, 2005
















OULAN-BATOR 4 octobre 2005

Legende des photos:
1 - etudiant de morin khuur dans les couloirs de la faculte de musique de O.-B.
2 - sur le sommet de la montagne surplombant le monastere de Manzushir Khiid
3 - monastere de Gandan Khiid a Oulan-bator
4 - plateau entre Zunnmod et les ruines de Manzushir Khiid
5 - Performance calligraphique en musique au Stupa Cafe
6 - Deux lamas discuttent dans la cour du monastere de Gandan


A peine debarques sur le quai de la gare d'Oulan-Bator, plusieurs personnes nous sautent dessus, tachant de nous persuader des maints attraits de leur Guesthouse. La page du transsiberien tournee, nous quittons donc la gare avec une collection de petits papiers, et entamons calmement nos visites a travers la ville, avant d'opter finalement pour une chambre marchandee a 10 dollars en plein centre-ville. Les premieres impressions de la ville correspondent a peu de choses pres a l'idee que nous nous en faisions: Oulan-Bator peine a masquer son passe a l'influence communiste. Cependant ici et la, un billard sur le trottoir, un lama (moine boudhiste) que nous croisons en chemin, une vieille dame en costume traditionnel contribuent a donner un charme particulier a cette capitale d'Asie.

Nous avons tres vite la chance de pouvoir beneficier de l'aide de Gana, une etudiante de 20 ans qui avait laisse une petite annonce sur le tableau du "Stupa Cafe", desireuse de rencontrer des jeunes francais. Nous lui faisons part de notre projet lors de notre premiere entrevue: rencontrer des musiciens traditionnels mongols. Elle propose alors gentiment de nous emmener au magasin d'instruments, puis a la faculte de musique le lendemain matin. Grace a son aide de traductrice et le temps qu'elle nous consacre, les choses progressent vite: le contact s'etablit avec les professeurs et etudiants de la classe de flute qui nous donnent rendez-vous pour un atelier en commun, alors que parallelement nous commencons a localiser une region de Mongolie ou vivent une dizaine d'ethnies differentes. Nos recherches se centrent notamment sur le cuur (tsour), une flute droite a trois trous jouee par les bergers de la region de Khovd a l'ouest du pays. Cet instrument est directement connecte au chant diphonique puisqu'il associe dans sa pratique un bourdon vocal et la partie melodique instrumentale. Nous retournons regulierement a ce cafe du premier jour, le Stupa, qui depend d'un centre boudhiste, et dans lequel regne une atmosphere harmonieuse et appaisante. En plus des delicieux gateaux proposes, nous essayons de nous accoutumer au the mongol: un melange sale d'eau chaude et de lait (de chamelle ou de yak?), le the etant vraisemblablement a l'etat de traces...

La date du depart pour l'aimag (region) de Khovd etant decidee, il nous reste quelques jours pour nous y preparer (provisions, tente et boussole, petits cadeaux a offrir a nos hotes nomades et surtout vetements chauds), et visiter les quelques monasteres accessibles dans ou aux alentours de la capitale. A part le grand monastere de Gandantegchinlen Khiid (Appelez-le "Gandan"...), la plupart des monasteres ont ete detruits pendant les "purges" des annees 30 menees par le regime communiste (plus de 17000 moines executes). Nous nous rendons l'avant-veille de notre depart a Manzushir Khiid, un monastere en ruine a 50 km au sud de Oulan-Bator. Un bus nous conduit a Zuunmod, de la, reste une petite dizaine de kilometres pour atteindre le site, traversant un large plateau, quelques troupeaux, et les montagnes qui nous entourent (photo 4).

La veille de notre depart, nous assistons a un concert au Stupa Cafe (photo 5): un immense mongol grand-guignolesque en costume traditionnel passe du pinceau (performancecalligraphique) a l'archet de son violon, sans oublier les crins de cheval du morin khuur, l'instrument traditionnel mongol par excellence, une viele a tete de cheval. Il joue la plupart du temps en play-back par-dessus un CD en prenant un air profondement inspire! Nous proposons aux gerantes du Stupa d'y donner un concert a notre retour: ladate du 27 octobre est retenue, quelques heures avant notre vol pour le japon! Le dimanche precedant notre depart, nous avons la chance d'avoir un bel echange avec les etudiants du conservatoire qui s'exercent dans les couloirs (photo 1). Apres un temps necessaire pour s'aprivoiser mutuellement, et sans pouvoir echanger aucun mot, ils offrent un beau morceau a l'objectif de notre camera, et la possibilite de leur jouer en retour plusieurs pieces de notre repertoire ambulant! Nous verifions une fois de plus la chance de pouvoir utiliser la musique comme outil de communication, plus precieux que notre passeport ou le plus complet des phrase-book!

Raphael.

29 septembre, 2005




LE TRANSSIBERIEN 29 septembre 2005

Nous voila embarques dans la voiture numero 5 du transmongolien qui relie Moscou a Oulan-Bator. Nous allons parcourir plus de 6000 kms en passant par Iekaterinbourg, Omsk, Novosibirsk, traversant la Siberie, contournant le lac Baikal apres Irkoutsk pour ensuite prendre la direction d'Oulan Bator. Cela represente quatre jours et cinq nuits de traversee.

La provotnitsa (hotesse du wagon) nous attend sur le quai, droite comme un piquet, dans son uniforme bleu marine. Apres avoir controle les billets, elle nous montre notre cabine, plutot spacieuse et confortable. Le train est presque vide, la haute saison touristique semble toucher a sa fin. Le voyage s'annonce donc assez calme ce qui nous permet d'assimiler tout ce que nous avons vu les semaines precedentes et de nous preparer a l'etape suivante: la Mongolie. Nos journees sont bercees par le ronronnement machinal et regulier des voitures sur les rails. Chaque matin, Raphael se calle sur ces dernieres (metronome de fortune) pour se delier les doigts simulant des exercices au clavier. La vie a bord du transsiberien est egalement rythmee par les arrets du train dans les gares: nous disposons generalement de vingt minutes pour nous degourdir les jambes, respirer l'air frais et etre temoins la plupart du temps d'un veritable marche ambulant. Les baboushkas (grand-meres russes) accourent a grandes enjambees, se bousculant pour vendre quelques maigres victuailles (fruits du potager ou poisson grille). En retour, un vendeur faisant le voyage essaie egalement de revendre des vestes d'hiver (sans doute a la mode) en provenance de la capitale. Au millieu de tout ce rafut, les policiers en uniforme vert kaki, coiffes d'un kepi demesure a mon gout, marchent la tete haute en montant la garde. Il n'est pas aise de comprendre les tableaux affiches a bord du train qui indiquent pour chaque gare, l'heure de Moscou alors que nous avancons dans le temps d'environ une heure par jour. Tout au long du trajet, nous scrutons le desarroi des gens face a cette grille horaire. Le plus souvent, nous les voyons froncer les sourcils, reculer, avancer, se passer la main dans les cheveux pour finalement repartir sans reponse claire... La meilleure facon de ne pas voir le train repartir sans nous est peut etre de rester dans le champ de vision de la provotnitsa qui agite fierement son baton fluorescent pour l'embarquement. Les petites sorties au wagon restaurant sont assez divertissantes. Le sourire pulpeux et la mini jupe de la serveuse resteront une souvenir inoubliable... mais il faut savoir que le wagon se depouille de ses vivres d'heure en heure et le deuxieme jour deja , il n'y a plus que des oeufs durs et quelques grains de mais a se mettre sous la dent. Ce lieu constitue egalement l'endroit ideal pour admirer un magnifique eventail de faux bouquets de fleurs saupoudres de paillettes. Nous etions heureusement munis de provisions pour une garnison entiere: soupes minutes et soupes chinoises furent notre pain quotidien. A chaque bout de couloir trone un samovar dont les braises permettent d'offrir de l'eau chaude en permanence. En passant pour nous servir, nous lancons un petit sourire a la provotnitsa qui sejourne dans la cabine juste en face et le tour est joue!!!

Nous avons egalement profitte de ces quelques jours de transition pour nous concocter un petit repertoire de musique vagabonde, une musique jouable n'importe ou et nous permettant de rencontrer les musiciens nomades de Mongolie. Les paysages que nous traversons pendant ce long voyage sont magnifiques: defilent sous nos yeux les toits de couleurs tres vives des villages de Siberie. Chaque matin au reveil, nous constatons qu'ils ont un peu change. Mais le bouquet final nous est offert le matin du cinquieme jour lorsque nous ouvrons les paupieres sur les premieres steppes mongoles: la lumiere du soleil levant rase les douces collines aux herbages asseches. Un paysage lunaire avec ici et la, une enfant qui nous salue, une yourte ou deux, un chemin qui serpente, une pencarte qui indique: Bienvenue en Mongolie!

Nathalie.

26 septembre, 2005





SAINT -PETERSBOURG 26 Septembre 2005

Legendes des photos:
1 - La cathedrale Saint-Isaac, vue depuuis le palais Menchikov dans lequel Peter, Kris et Marion donnent leur concert
2 - Babouchka contemplant la Neva
3 - Mariage sur les bords de la Neva
4 - L'eglise du Sang verse


Un train de nuit nous transporte de Moscou a "Peter" comme l'appellent les russes. Nous optons pour un compartiment ouvert avec couchettes de part et d'autre du couloir central. Nous avons ete prealablement mis en garde contre d'eventuelles nuisances sonores en tout genres provenant de personnes subissant les effets de la boisson nationale. Mais rien de cela: calme et sens de l'organisation regissent la vie nocturne a bord du train. Les sieges se transforment en lits en un mouvement, les draps loues au pres de l'hotesse du wagon se deplient, tasse de cafe en option. Une bonne repetition pour le transiberien en somme.
Saint-Petersbourg seduit rapidement par ses nombreux palais, construits pour la plupart au XVIIIe siecle et conferant a la ville une grande unite architecturale. Nous la traversons de long en large et pour la premiere fois se fait sentir une sorte de vertige. Nous traversons l'espace et le temps avec des objectifs tout a fait differents de ceux que nous avons eus jusqu'ici. Les accroches ou encrages ne sont plus les memes. L'esprit aussi vagabonde mais vite quelques evenements insolites le ramenent a la realite toujours un peu decalee de la Russie: pele mele entre ballets et poupees russes, nous croisons un ours en laisse, un ballet de limousine de 10 metres de long, Marie Leonhardt, femme de Gustav qui vient diner chez la personne qui nous heberge et en bouquet final: la rencontre par le plus grand des hasards de Peter Van Heyghen, professeur de flute de Nathalie a La Haye, venu donner un concert dans le cadre du festival de musique ancienne de St.Petersbourg.

Raphael.

25 septembre, 2005




MOSCOU 20 septembre 2005

Premiere grande etape de notre tour, nous arrivons a Moscou le 20 septembre apres plus de 60 heures passees dans differents bus entre Paris, Prague, Brno, Vilnius, Riga et enfin Moscou. Le dernier bus nous depose sur un trottoir de la capitale Russe ou nous nous retrouvons donc sans un kopeck en poche, un peu perdus dans cette ville immense ou peu de gens parlent anglais, face a des indications dans un alphabet que nous ne connaisons pas...Nous parvenons finalement a trouver un metro puis la maison des Gerin (des amis des parents de Raphael) qui nous hebergent pendant notre sejour moscovite.
La ville nous frappe par son etendue. L'architecture mele de jolies petites eglises aux clochers dores, a d'imposants batiments de l'epoque sovietique. Mais la perle de Moscou est indeniablement la place rouge dominee par le Kremlin, forteresse intimidante. Les quatre eglises qui s'y trouvent recelent de magnifiques icones et murs peints remontant jusqu'au XIIe siecle.
Nous avons donne notre premier concert le 24 septembre a 16h au centre culturel Tchekov. Apres quelques difficultes pour obtenir un clavecin, l'ambassade de Belgique a finalement accepte de louer un instrument a l'ecole de musique de Gnessine, l'une des plus importantes a Moscou. Le public, qui semble pourtant ne pas etre tres accoutume au repertoire baroque, s'est montre extremement chaleureux. Nous n'oublierons pas le speech spontane d'une dame assez agee a la fin du concert qui a benit, dans une envolee lyrique, la suite de notre tournee musicale.

Nathalie